autour de la Commune

04 octobre 2005

Autour du père Tanguy, dossier Commune de Paris


Le Père Tanguy

Le début de la fin de la Commune.

Par Bernard Vassor

Dans la nuit du 22 au 23 mai, la division du général versaillais Montandon basé dans la plaine de Gennevilliers, débouche par le pont de l’île du Châtelier (une des petite îles qui forment actuellement l’île Saint Denis ; les parents de Jean Baptiste Clément y exploitaient un « Moulin de la Galette » ), longe la rive droite de la seine jusqu’au dock de Saint Ouen, rejette les fédérés du parc Princesse et du parc Godillot et marche vers Montmartre par la rue des Batignolles (Bd Victor Hugo ) et la rue de Paris (avenue Gabriel Péri).

L’armée poursuit son avance par la rue du Chemin aux Bœufs (Marcadet ).

Vers 3 heures de l’après-midi, le drapeau tricolore flotte sur la mairie de Montmartre.

Le Garde Tanguy est posté au cimetière Montmartre, il a revêtu son uniforme par-dessus ses vêtements civils…………..

A suivre

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Les archives de la Garde nationale

LES ARCHIVES DE LA GARDE NATIONALE

L’exemple de la Garde nationale du département de la Seine de la fin du Second Empire au 18 mars 1871 au travers des archives de la sous série DR4 des Archives de Paris

Rémy VALAT

Mémoire de recherche sous la direction de M. Steven KAPLAN

DESS, métiers de la culture, archives

Université de Versailles Saint-Quentin et Archives départementales des Yvelines

- Mars 2004-

« Tant qu’un homme pourra mourir de faim aux portes d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines ».

Eugène VARLIN

introduction

Si l’histoire de la Garde nationale est connue dans ses grandes lignes, grâce aux récents travaux de M. Georges CARROT, les monographies locales ne font pas légion. Pour Paris, seule la Garde nationale de la période de la Monarchie de Juillet (doctorat de Mathilde LARRERE-LOPEZ), de la Révolution de 1848 (travaux et publications de Laurent CLAVIER) et de la Commune de Paris (travaux et nombreuses publications de Jacques ROUGERIE) ont suscité l’intérêt des chercheurs. Malgré ces recherches, une large part des archives de cette institution reste encore inexplorée. L’objectif de ce mémoire, qui ne tend pas à l’exhaustivité, est de présenter et d’analyser le contenu des sous-fonds de la série DR4 des Archives de Paris, mais aussi de retrouver les éléments du fonds originel des archives de la Garde nationale dispersées originellement et lors de l’enquête consécutive à l’insurrection parisienne de 1871.

La mission de l’archiviste consiste autant à renseigner les consultants sur les richesses de ses fonds que sur ceux conservés extérieurement à son service. L’exemple de la Garde nationale de Paris entre 1869 et 1871 méritait d’être à ce titre signalé. L’ambiguïté des missions de la milice et l’histoire mouvementée de ses archives rendent aussi bien l’identification des producteurs (et par conséquent celle des fonds) que les investigations historiques, malaisées. L’archiviste et l’historien se perdent dans le « maquis » des archives de la Garde nationale et de leur dispersion. Les instruments de recherche des services d’archives départementaux consultés[1] traduisent cette confusion : les archivistes confondent souvent les différentes mutations et adaptation de la milice. La terminologie (Garde nationale mobile,  Garde nationale sédentaire, Garde nationale sédentaire mobilisée,  garde civique,  compagnies de marche, de guerre, de dépôt et sédentaire) est un obstacle à la compréhension de ces archives et bien souvent les documents intéressant ces différentes structures se retrouvent réunis dans les mêmes liasses, bien qu’appartenant à différents producteurs. En outre, la complexité de la gestion administrative des bataillons de gardes nationaux est déroutante. Prenons pour exemple, la Garde nationale mobile de 1848, force de maintien de l’ordre public, qui était administrée par le ministère de l’Intérieur et mise à la disposition de l’autorité militaire sur le plan opérationnel. Les archives des bataillons de mobiles ne sont paradoxalement pas disponibles aux archives du ministère de l’Intérieur (série F7, Police générale), mais au Service Historique de l’Armée de Terre dans la série Xm –Garde nationale mobile-, fonds réservé aux archives de la Garde nationale mobile du ministère de la Guerre créée en 1868 ! Ce classement, résultant probablement du contexte particulier des événements de 1848, souligne néanmoins l’importance de la connaissance horizontale des fonds[2].

Le Janus au visage d’archiviste, puis le Janus au visage d’historien, vont tour à tour apporter leur connaissance sur les documents de la série DR4 des archives de Paris et sur leur possible exploitation scientifique.  L’instabilité de l’institution au cours du XIXe siècle nécessitant l’analyse d’une tranche chronologique incluant une période de stabilité puis de troubles, notre choix s’est porté sur la période 1869-1871, à la fois pour son intérêt historique et pour la masse documentaire disponible. Dans ce dialogue, l’historien s’exprimera le premier pour faire le point de la connaissance sur l’institution et invitera l’archiviste à lui dresser le panorama des sources documentaires concernant la Garde nationale de Paris. L’archiviste répondra ensuite à cette sollicitation par un rapide examen des instruments de recherche et une analyse interne et externe des fonds, qui passera par l’identification du producteur, opération non effectuée jusqu’à présent, même  par les instruments de recherche disponibles aux Archives de Paris. Cette étude sera précédée d’une présentation des différents services du producteur et des structures annexes avec lesquelles il était en relation administrative pendant son activité. Ces outils remis par l’archiviste permettront à l’historien de prendre le relais et d’exploiter virtuellement le fonds en développant ses potentialités intrinsèques, mais aussi en recourant à la fertilisation croisée, qui puise dans les richesses archivistiques extérieures. L’exploitation scientifique des états nominatifs des gardes nationaux qui ont demandé l’indemnité allouée par le décret du 12 septembre 1870, que je nomme pour plus de commodité, bordereaux de soldes, sera au cœur de notre étude, car ces documents ouvrent de nombreuses perspectives d’analyse, pour une étude quantitative et qualitative du recrutement de la Garde nationale (effectifs, composition sociale, rôle économique de la solde, étude ou recherche individuelle de gardes nationaux) et l’usage de ces pièces comptables comme moyen d’identification des fédérés recherchés par la prévôté.

Avant d’entamer ce travail, je souhaiterais adresser mes plus vifs remerciements aux différents historiens et amis, qui outre leur passion de l’Histoire et des archives, m’ont aidé pour la réalisation de ce mémoire et lors de mes recherches passées.

Le professeur Jacques ROUGERIE, éminent historien de la Commune de Paris, et premier chercheur français à avoir travaillé sur les documents de la série DR4 et Ly.

Le professeur Robert TOMBS, historien britannique de la Commune de Paris.

Le professeur Danielle TARTAKOWSKY, ma directrice de thèse.

Le commissaire divisionnaire honoraire Georges CARROT, historien de la Garde nationale et du maintien de l’ordre.

Mon ami, Pierre-Henri ZAIDMAN, professeur à l’université de Paris V, spécialiste de la Garde nationale dans les XIIIe et XIVe arrondissements. Mon ami, Pierre PASSERON, pour les trésors inestimables de sa bibliothèque. Et, Marcel CERF, historien de la Commune.

Monsieur Jean-Philippe DUMAS, conservateur du Patrimoine, Madame Christiane FILLIOLE, documentaliste, et Monsieur Alain GRASSI, adjoint administratif, et le personnel des Archives de Paris, pour leur grande patience à mon égard.

Chapitre 1er. Le point sur l’histoire de la Garde nationale : une force publique ambiguë  (1789-1871)[3]

1.1.               La Garde nationale : une force de maintien de l’ordre et de réserve de l’armée

1.2.               

La Garde nationale a un double emploi, elle sert de force de maintien de l’ordre et, à différentes périodes, de corps de réserve de l’armée. La mission de sûreté intérieure et son impact dans la vie politique française de 1789 à 1871 seront détaillés plus haut dans le mémoire. En revanche, il convient de s’attarder brièvement sur sa compétence en matière de défense du territoire national attribuée dès sa création. Quelques semaines avant le vote de la loi constitutive sur la Garde nationale (14 octobre 1791), les 11 et 13 juin précédents, lors de la fuite du roi Louis XVI à Varennes, une première conscription libre de 110 000 gardes nationaux de bonne volonté a été décrétée, car l’Assemblée redoute l’imminence d’un conflit avec les monarchies européennes. Cet appel, prémisse à la levée des bataillons de gardes nationaux volontaires de 1792, est l’acte fondateur du rôle militaire de l’institution. Ultérieurement, en 1809, les gardes nationales[4] seront mobilisées pour contrer l’expédition britannique dans l’île hollandaise de Walcheren. Plus tard, en 1832, est voté le principe des corps détachés pour le service de guerre, mais cette idée théorique n’aura aucune réalisation concrète. L’armée s’appuie encore sur la conscription par tirage au sort et ce procédé unique ne sera pas remis en question jusqu’en 1868.  L’imminence d’un conflit avec les Etats allemands, en raison de leurs succès grandissant – notamment contre l’Autriche en 1866 -, inquiète l’empereur Napoléon III. Se remémorant peut-être la défaite de son oncle face à la Prusse en 1813, le souverain reprend à son compte le principe de la landwehr prussienne. Le 1er février 1868, la loi Niel crée une Garde nationale mobile. Celle-ci regroupait tous les citoyens ayant échappé au service militaire lors du tirage au sort et sa mission consisterait en la défense des villes fortifiées des frontières (mais aussi de l’intérieur) et de force de réserve. La Garde nationale mobile se battra avec héroïsme pendant l’Année terrible et formera une armée auxiliaire aux côtés des gardes nationaux mobilisés[5] à compter du  14 octobre 1870. A Paris, la Garde nationale mobile sera dissoute après l’armistice de janvier 1871 et bon nombre de gardes intègreront les bataillons sédentaires et quelques mobiles rejoindront la Fédération républicaine de la Garde nationale.

1.3.                La Garde nationale : une institution entre conservatisme et contestation révolutionnaire

1.3.1.1.                  L’adaptation de la Garde nationale aux cycles révolutionnaires français

Née avec la Révolution française, la Garde nationale disparaît avec la Commune de Paris. Son histoire est une succession d’implications dans les processus révolutionnaires, suivies de courtes étapes de transition, où l’outil insurrectionnel se mue progressivement en force publique active de maintien de l’ordre. Aussitôt la paix sociale acquise, elle opère ensuite, lorsqu’elle n’est pas dissoute, en qualité de force publique représentative et symbolique. Pendant ces périodes, les plus longues, elle est momentanément réactivée lorsque surgissent de nouveaux désordres intérieurs ou des périls extérieurs. Selon l’historien Louis Girard, deux tendances centrifuges animent la milice. Ces orientations opposées reposent sur l’acceptation ou la contestation de la loi[i]. Force est de constater que la Garde nationale n’est radicalement impliquée dans le processus révolutionnaire que lorsque son recrutement se démocratise, s’élargit à tous les citoyens mâles en âge de porter une arme. C’est pourquoi, la limitation ou l’élargissement des engagements revêt une importance politique. Le flux du recrutement est matériellement réduit par le critère financier. La rémunération du garde réquisitionné facilite le recrutement populaire, voire d’individus nécessiteux. Les convulsions révolutionnaires de 1792-1793, de 1848-1851 et de 1870-1871, avalisent totalement cette assertion. La stabilité de la milice ne semble garantie que par le contrôle quantitatif et qualitatif des inscrits. La théorie du citoyen-propriétaire est rémanente de 1791 à 1870. La distinction entre les citoyens actifs et passifs se traduit au sein de la Garde nationale par le distinguo entre gardes nationaux en service ordinaire et gardes nationaux de réserve. Cette différenciation civique vise à éloigner du bulletin de vote et du maintien de l’ordre les classes perçues comme dangereuses. Même le décret de l’Assemblée législative du 30 juillet 1792 qui autorise l’admission des citoyens passifs dans la Garde nationale – décret préliminaire à celui du 11 août 1792 supprimant totalement la « citoyenneté passive » – est certes « inclusif » pour l’ensemble des citoyens mâles sédentaires de 21 à 60 ans, mais toujours « exclusif » pour les populations flottantes et le personnel ancillaire. Les conceptions de l’engagement civique dans la milice et du droit électoral se rejoignent par leur rejet des mêmes catégories sociales, d’âge et de sexe ; mais s’opposent radicalement sur l’exclusion d’une partie des individus se considérant comme partie intégrante du corps social, sans pour autant appartenir aux groupes sociaux jugés « infamants ». Cette lutte devient le programme des Républicains jusqu’en 1848. Avec l’avènement du suffrage universel, l’accès du citoyen à la Garde nationale est généralisé. Entre 1852 et 1870, l’empereur Napoléon III, ancien président de la Deuxième République, ne pourra plus porter atteinte à l’universalité de la citoyenneté. Il optera seulement pour une organisation sélective des bataillons. Tous les citoyens sont des gardes nationaux potentiels, seul le nombre des bataillons est sensiblement réduit. Ce mode de recrutement coïncide totalement avec l’esprit du régime. Napoléon III estime puiser la source de son pouvoir par l’acceptation de son peuple. Mais, son mode de gouvernement – autoritaire – n’est officiellement qu’un moyen mécanique de gestion de l’Etat. Seul le caractère exceptionnel de la crise politico-militaire de 1870 favorisera le retour de la garde nationale républicaine et démocratique.

1.2.1.2. Du potentiel symbolique et légitimant du garde national au rôle politique des fédérations de gardes nationaux

Le garde national a, comme l’écrit Pierre Rosanvallon, « hâté l’avènement de l’individu citoyen »[ii]. Le garde national, devenu le citoyen soldat, peut jouir de ses droits civiques en contrepartie de sa contribution à la défense de la nation. Cette nouvelle équation, individu-citoyen, plutôt du citoyen en armes, est à l’origine du potentiel symbolique de l’institution, qui, à tort en raison des critères d’exclusion d’une partie des résidents français puis indigènes, symbolise la nation. Cette transformation renforce le rôle politique de la milice initié lors de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790. Ce pacte entre l’Assemblée constituante et 14 000 gardes nationaux venus de tout le pays, servît grâce à la propagande officielle, d’acte fondateur de l’identité nationale. Les délégations des bataillons de province vinrent apporter au Champ de Mars, leur soutien au gouvernement révolutionnaire, le légitimant de leur potentiel militaire et politique. Toutefois, cette cérémonie masque une toute autre réalité: elle est un détournement des initiatives locales de fédérations de municipalités et de gardes nationales, qui sont l’expression d’un réflexe d’autodéfense consécutif à la « Grande Peur » et d’un désir d’affirmation d’une appartenance communautaire à l’échelon local. Cette méfiance est partiellement infondée puisque dans certains départements la Garde a été le vecteur du développement de l’idéal révolutionnaire, grâce à la crainte répressive qu’elle inspirait. Le mouvement des fédérations fût d’ailleurs précoce : la première eut lieu à l’Etoile près de Valence le 29 novembre 1789 et réunît 12 000 gardes du Vivarais et du Dauphiné. Les Constituants, après avoir constaté l’ampleur du mouvement, le fédère au bénéfice de la représentation nationale siégeant à Paris. En outre, cette cérémonie a également mis en évidence neuf années avant le coup d’Etat de Napoléon Bonaparte, la menace du césarisme. En effet, Lafayette, commandant général des Gardes nationales de France a, en tant qu’individu, bénéficié du capital symbolique de la milice, ce que la presse et ses rivaux politiques ne manquèrent pas de dénoncer, aussi bien en 1789 qu’en 1830. Dans la réalité, les coups d’Etat ne furent jamais le fait de la Garde nationale, mais de l’armée (à l’exception de la tentative avortée du général Malet en 1812). Cette cérémonie marque l’existence de deux légitimités : celle des représentants élus et celle du chef, ou du parti, appuyé par la communauté des citoyens de la Garde nationale. Deux légitimités, presque équivalentes en valeur représentative – en raison du caractère charismatique de l’élection selon l’expression de Max Weber[iii]. En 1815, 1830 et en 1871, de nouvelles fédérations, certes d’une moindre ampleur, viendront valider, a posteriori, la légitimité des nouveaux gouvernements. Si les deux premières ont pu être favorablement détournées à leur avantage - notamment lors de la fête de la Fraternité en 1848 : organisée le 20 avril 1848, cette cérémonie rassemble sur le Champs de Mars l’armée et la Garde nationale pour sceller « l’entente retrouvée entre les soldats citoyens et les citoyens soldats, tous unis contre le désordre ».

Le phénomène fédératif, inhérent aux périodes révolutionnaires, correspond à la manifestation extraordinaire du potentiel légitimant de la Garde nationale. A Paris, lors des périodes de paix sociale, la Garde nationale a aussi une fonction de renforcement de la légitimité du Souverain. Cette propension a été particulièrement décrite pour la période de la Monarchie de Juillet dans la thèse de doctorat de Mathilde Larrere-Lopez[iv] : pendant ce règne, les cérémonies parisiennes auxquelles participe la milice ont pour fonction de symboliser la cohésion du peuple autour du souverain, dont la légitimité est contestée (comme en témoigne les multiples tentatives d’attentats contre sa personne).

1.2.1.3. L’ambiguïté de la Garde nationale de Paris : un conservatoire de la vie politique délibérative et un foyer de l’opposition républicaine et libérale

L’héritage républicain et démocratique de la Révolution française semble perdurer au sein de la Garde nationale parisienne. La vie politique et délibérative continue, même pendant les périodes des régimes autoritaires, la monarchie constitutionnelle et les deux empires. Les fonctions électives et délibératives légales internes à la garde nationale, principalement les conseils de famille, ainsi d’ailleurs que les réunions informelles et les tours de garde – favorisent la circulation des opinions et servent d’appui à l’opposition républicaine, notamment sous la monarchie de Juillet, mais aussi très probablement entre 1789 et 1792. Organisme interne, le conseil de famille participe à cette vie. Ces structures, établies vraisemblablement depuis la Révolution, sont chargées de l’administration à l’échelon des compagnies. Traditionnellement présidés par le capitaine de la compagnie, ces conseils veillent au règlement des affaires courantes, au paiement de la solde et à la sanction des infractions légères. L’implication directe des gardes aux décisions du conseil fait de cette structure un lieu de sociabilité pouvant être politique. Parfois, les foyers d’opposition se regroupent au sein d’une compagnie, ou dans les batteries d’artillerie, réputées républicaines (1830-1831). Ces dernières seront d’ailleurs dissoutes sous le règne de Louis Philippe et le Second Empire. Les canonniers et le canon, symbolisent pour les républicains radicaux, le pouvoir des sections du Paris révolutionnaire de 1792-1793. Ces structures sont les embryons permanents du modèle organisationnel des Gardes nationales démocratiques. Celles-ci ont leurs caractéristiques propres. Fruits de l’amoindrissement de l’étreinte du pouvoir central, elles ont une forte tendance à la décentralisation et, comme l’écrit Richard Cobb, au fédéralisme populaire et jacobin, et conduisent à la constitution d’un contre-pouvoir[v]. Ce phénomène est récurrent pour les formations citoyennes du modèle que nous qualifierons de communal, c’est-à-dire celui des formations citoyennes formées lors des deux Communes de Paris. Le modèle communal de la Garde nationale est historiquement impliqué au processus de démocratisation et surtout de radicalisation prononcée de ces événements, ce qui donne, à l’échelle macro-historique, l’impression d’une ressemblance entre les armées révolutionnaires et la garde nationale parisienne de 1870-1871. Le modèle communal a pour principal intérêt de mettre en relief l’ambiguïté de la Garde nationale de Paris. Le rôle unique de la capitale donne à cette formation de maintien de l’ordre territoriale une ambiguïté et un potentiel politique considérable : elle est  la convergence du national et du parisien.

1.2.1.4. Le caractère démocratique de l’institution

Les événements historiques de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles attestent du caractère intrinsèquement démocratique, voire lors des crises, révolutionnaire, de l’institution à Paris. Cette affirmation mérite toutefois d’être tempérée. Le contre-exemple le plus significatif est celui des gardes nationaux mobiles de 1848. La Garde nationale mobile du ministère de l’Intérieur créée le 25 février 1848, était une unité de 25 000 baïonnettes, répartie en 24 bataillons. Ses hommes étaient jeunes (les volontaires avaient entre 16 et 30 ans) et soldés (1,50 f/jour). Ces jeunes gardes étaient, selon l’expression du préfet de police Caussidière, chargés « de faire de l’ordre avec le désordre ». Les mobiles recrutés parmi les hommes les plus pauvres de la capitale et majoritairement dans le monde ouvrier feront néanmoins le feu contre les insurgés de juin 1848. Le clivage reposait sur un antagonisme préexistant entre les jeunes provinciaux et les Parisiens. Moins payés tout en étant parfois mieux qualifiés et premières victimes du chômage, ils étaient fréquemment déconsidérés par les autres ouvriers ou artisans plus âgés et résidant à Paris depuis plusieurs années. Ce contre modèle souligne ici l’importance du réseau des sociabilités de quartier et de l’enracinement de la population insurgée, dans les révolutions parisiennes. L’appartenance aux classes populaires n’est pas l’unique facteur insurrectionnel.

En définitive, ce sont les attributs symboliques de l’institution, qui sont l’essence même de la nation, qui expliquent la persistance de la milice, malgré son incapacité opérationnelle. Elle légitime les pouvoirs légaux ou insurrectionnels et représente, en cas de conflit majeur menaçant l’intégrité de la nation, la France toute entière réunie contre l’envahisseur dans le cadre de la « levée en masse ».

Chapitre 2. Présentation du producteur et de ses fonds : l’état-major général de la Garde nationale du département de la Seine

2.1. Identification du producteur

L’identification du producteur de la sous-série DR4 est pour le moins délicate. Afin d’éviter tout écueil méthodologique, il a été nécessaire de se référer à l’article de Michel Duchein, relatif au règles applicables pour le respect des fonds[6]. L’histoire mouvementée des archives de la Garde nationale permet toutefois de dégager un producteur principal qui est l’état-major général de la Garde nationale de la Seine. Celui-ci a pu être clairement identifié grâce à la grille d’analyse de cet archiviste : la structure avait une existence juridique propre résultant d’un acte précis et daté ; des attributions précises et stables définies par un texte officiel ; une position précise au sein de la hiérarchie administrative ; un certain pouvoir de décision pour les affaires de sa compétence et une organisation interne identifiable par un organigramme[7]. Cette grille de lecture  permet de dégager la hiérarchie des fonds par l’identification des degrés de compétence administrative (fréquemment la subordination hiérarchique) et leur localisation. Pour la Garde nationale de la Seine, la distinction des fonds repose aussi bien sur le niveau hiérarchique que la localisation : les documents produits par l’état-major et les mairies d’arrondissement.

Mais, comme le producteur pris en compte par les archivistes est la Garde nationale, terme générique permettant un classement dans la série R, s’est posé également le problème de la prise en considération des documents produits et reçus par les organes politiques des bataillons de gardes nationaux, puis de la Fédération républicaine de la Garde nationale, qui sont à considérer comme des producteurs à part entière.

Dans l’introduction du répertoire numérique des sous-séries D1R4 et D2R4[8], le conservateur des archives de la Seine, H. Lemoine, indique que les archives de la Garde nationale ont été conservées pendant de longues années par les mairies parisiennes, puis au ministère de l’Intérieur. L’examen interne du fonds et les informations recueillies aux archives de la Préfecture de Police permettent de définir avec précision l’identité du producteur principal, qui se distingue du service versant, en l’occurrence le ministère de l’Intérieur.

Le principal producteur est très probablement l’état-major général de la Garde nationale de la Seine, dont le siège était installé 22, place Vendôme à Paris[9]. L’identification découle de la double analyse suivante :

Analyse interne : les dates extrêmes et le contenu documentaire valident cette hypothèse. 

  Les dates extrêmes (1814-1872) sont particulièrement indicatives. L’analyse documentaire a permis de retrouver des dossiers tenus par l’état-major de la Garde nationale :  une volumineuse correspondance envoyée et reçue par cette structure, un corpus législatif et réglementaire sur l’organisation et le fonctionnement de l’institution, le fichier central des officiers, les documents relatifs à la dissolution. En outre, le contenu et le volume documentaires indiquent que le producteur avait une compétence administrative étendue et un ressort territorial à l’échelon du département, ce qui correspond au profil de l’état-major général.

Par ailleurs, l’existence de nombreux documents émis après le 18 mars 1871[10] atteste que le producteur a quitté Paris lors de l’insurrection et rejoint Versailles. Ce point est important car la présence de nombreux dossiers individuels sur l’organisation et le fonctionnement des bataillons laisse supposer qu’il s’agit de documents provenant des conseils de recensement de la Grade nationale qui siégeaient dans les mairies d’arrondissement et de la banlieue. Or, le retrait des archives de ces bureaux le 18 mars 1871 était matériellement impossible. Ces pièces sont donc les doubles de celles-ci remis à l’état-major, et par conséquent conservés par les bureaux de l’état-major au matin du 18 mars 1871, et évacués partiellement le soir même ou les jours suivants. Concernant les bordereaux de solde, il est probable que certains d’entre eux en provenance des mairies d’arrondissement aient été versés au ministère de l’Intérieur[11] après la Commune, comme l’indique les archives de la préfecture de police[12]. Dans ce cas, ces documents conservés dans la sous-série DR4 ont été classés sans respecter le principe de  provenance.

Analyse externe :

Les archives des conseils de recensement sont  très certainement restées dans les différentes mairies parisiennes[13]. Leur évacuation, comme je le soulignais précédemment, était matériellement impossible, bien que cela aurait pu être envisageable dans les mairies occupées tardivement par les fédérés (arrondissements de l’ouest parisien). Lors de la répression, une partie de ces archives ont été transférées à la Prévôté dans un but judiciaire pour faciliter l’identification des communards, parfaire la compréhension des événements et rédiger l’enquête parlementaire. Ces documents sont, uniquement pour la période du second siège, conservés au Service Historique de l’Armée de Terre, dans la sous-série Ly (cote Ly 27).  Par ailleurs, une partie des archives non transférées à l’autorité militaire sont classées  dans la sous-série VD6, fonds des mairies, des Archives de Paris. On y trouve des liasses de documents concernant la Garde nationale de chacun des arrondissements, sauf le XIIIe arrondissement[14]. Leur contenu est éclairant sur les activités quotidiennes de la Garde dans les arrondissements (organisation des patrouilles et des factions, fournitures en bois de chauffage, logement…), mais il n’existe aucun document nominatif. Il convient également de signaler l’existence de 9 références de la sous-série VD3/9-18 en provenance du service de la gestion administrative de la Commune qui ont été constitués en dossiers pour être remis à la préfecture de la Seine, probablement comme pièces justificatives pour les poursuites à intenter contre les représentants élus de la Commune et leur administration d’arrondissement. Ces pièces témoignent des échanges de pièces à charge concernant l’insurrection entre les différentes administrations. Les pièces concernant la Garde nationale y sont nombreuses.

Après ce survol rapide, des principaux fonds relatifs à la Garde nationale de la Seine, il ne fait aucun doute que le service producteur, ou pour le moins le principal producteur soit l’état-major général de la Garde nationale de la Seine entre 1814 et le 18 mars 1871. Nous verrons dans l’historique du fonds, la provenance des autres fonds et sous-fonds d’archives qui lui ont été agrégés.

2.2. Description du producteur : organisation des services de l’état-major et administration de la Garde nationale parisienne (1870)

La description du producteur est une application, libre sur la forme, mais stricte sur le fonds, de la norme internationale International Standard Archival Authority Record for Corporate Bodies, Persons and Families, ou ISAAR (CPF), préparée par une commission ad hoc du Conseil International des Archives[15], puis validée par ce dernier à la conférence d’Ottawa en 1996[16]. La forme de la description est libre, car originellement la norme prévoit une présentation sous forme de notice, inadaptée pour la présente étude[17]. Néanmoins, les informations nécessaires à la bonne description du producteur y figurent toutes (siège, missions, organigramme, etc.). Les fonds – ainsi que leur hiérarchie - sont aisément identifiables.

2.2.1. Les autorités de tutelle

Pour sa gestion administrative, la Garde nationale du département de la Seine est subordonnée hiérarchiquement au 1er bureau de la division de l’administration générale et départementale et au 4ème bureau de la 1ère division de la préfecture de la Seine[18]. En période de guerre, la Garde nationale est subordonnée sur le plan opérationnel à l’état-major de la Place de Paris.

2.2.2. L’état-major général[19]

L’état-major général est installé 22, place Vendôme (IIe arrondissement). Il se compose d’un groupe de officiers, parmi lesquels un commandant supérieur, qui a le grade de général de division[20], et d’un état-major d’officiers supérieurs portant les grades de colonels, lieutenants- -colonels, chefs d’escadrons et de capitaines[21]. Cette structure de commandement a autorité et coordonne l’activité de six grands services :

-          L’intendance militaire : L’intendance est encadrée par un intendant et trois sous-intendants[22]. Sa mission est de veiller à l’équipement et au ravitaillement des bataillons.

-          Le service de santé : Il est dirigé par un inspecteur général,  trois chirurgiens principaux et quatre chirurgiens majors[23]. Ce service prend en charge les problèmes médicaux et contrôle les chirurgiens de bataillons. Ce service sera quasiment inopérant pendant le siège de Paris.

-          Le jury de révision : Le jury se compose d’un président, d’un vice-président, de deux rapporteurs et de deux secrétaires, tous officiers supérieurs[24]. Le jury statue sur l’aptitude du garde au service. Pour la période qui nous concerne, les jurys sont placés sous l’empire des articles 25 à 33 de la loi du 13 juin 1851. A partir du 12 août 1870, les jurés sont d’un nombre égal à celui des légions (20). Leur liste est dressée par la préfecture de la Seine sur présentation faite par les mairies d’arrondissement. Les jurés doivent impérativement savoir lire et écrire et être âgés de plus de 25 ans[25]. Dans chacune de ces légions, un juré titulaire est désigné par le sort sur une liste de 25 gardes nationaux[26]. La présidence du jury de révision est confiée à un juge de paix qui se substitue aux cadres nommés de l’état-major de la Garde nationale[27]. Lorsque le jury siège, son quorum est de 7 membres. A partir du 27 septembre 1870, il n’existe plus qu’un jury pour toute la Garde nationale[28], alors que la milice compte presque 300 000 hommes en armes.

-          Le magasin central de l’armement : Il est situé dans la mairie du VIIIe arrondissement, 11, rue d’Anjou Saint Honoré. Il s’agit du dépôt central des armes de la Garde nationale. Les autres armes sont déposées dans les mairies d’arrondissement. C’est à la mairie que les gardes prennent leurs armes lorsqu’ils sont en service.

-          Le magasin central d’habillement : Il est placé sous l’autorité de deux officiers qui  s’occupent de la gestion des deux magasins de  fournitures, sis, 12, rue d’Anjou Saint-Honoré et 22, rue de l’Odéon[29]. Le magasin central de l’habillement et de l’équipement est aussi signalé dans la mairie du 10ème arrondissement, rue du Faubourg Saint Martin. Il y a probablement eu plusieurs dépôts[30].

- Le bureau de l’état-major général : Trois officiers[31] dirigent quatre bureaux : le secrétariat, le service, la discipline et la comptabilité. Ce sont les bureaux centraux de l’état-major, notamment pour ce qui concerne le service, la solde et la comptabilité. C’est probablement dans ce bureau que siège les conseils d’administration des légions/subdivisions[32] dont la tâche est de présenter à la préfecture de la Seine l’état des dépenses et les pièces justificatives à fournir pour la gestion financière[33].

-          La maison d’arrêt : La maison d’arrêt est située 5, rue de Boulainvilliers, à Auteuil (devenu le quartier d’Auteuil en 1860). Son directeur est en 1870, M. Van Heddeghem[34]. A compter du 27 septembre 1870, les gardes nationaux sont placés en matière disciplinaire (et pour les délits majeurs) sous l’autorité des conseils de guerre[35]. Pendant le siège, des maisons disciplinaires seront utilisées au siège des secteurs ;  elles sont remplacées en février 1871 par la prison de la Petite Roquette[36] (voir le paragraphe sur le registre d’écrou de la maison d’arrêt de la Garde nationale). 

En résumé,  l’état-major général supervise le fonctionnement quotidien des services et des unités de la milice citoyenne. L’activité des officiers d’état-major se divise en deux catégories : le service ordinaire – qu’ils exercent à tour de rôle[37] - et le service extraordinaire. Le premier, qui représente le service quotidien, se limite aux activités de gestion administrative courantes et pour les capitaines de garde, un service de veille et de contrôle des postes placés sous leur responsabilité[38]. Le service extraordinaire correspond à la mise en activité de la Garde lors d’événements exceptionnels, c’est-à-dire les revues, voire les troubles de l’ordre public[39]. La particularité de l’état-major général est également de disposer d’un conseil de famille[40]. Ce conseil, à l’échelon de l’état-major, serait  une création de la Seconde République. Un arrêté du 25 février 1851, signé du général de brigade Foltz, chef d’état-major, général des Gardes nationales de la Seine, en fixe les compétences administratives. La particularité de ce groupement d’officier est l’usage de la nomination par l’élection des membres qui le compose. L’activité de ce conseil consiste, selon le préambule des statuts du 25 février 1851, à « veiller à l’honneur, à la dignité et aux intérêts du corps »[41]. Ce conseil est composé de dix membres[42], dont un président, élu par les officiers de l’état-major réunis en assemblée générale et les autres officiers par les électeurs de grade identique (article 1er des statuts du 28 avril 1870). L’activité du conseil est principalement centrée sur la gestion comptable de la caisse de l’état-major, le paiement des amendes des conseillers absents et l’étude des candidatures nouvelles aux admissions à l’état-major ou au conseil. Ce conseil est à distinguer des conseils de famille présentés au chapitre 3.

2.2.2. Les subdivisions

L’état-major dispose d’officiers intercesseurs entre ses services, les dix subdivisions[43] et le régiment de cavalerie[44]. Ces cadres siègent dans les bureaux de l’état-major et sont regroupés au sein d’un état-major spécifique[45]. Les subdivisions se répartissent en subdivisions intra muros et  extra-muros[46]. Lors de l’extension de la Ville en 1860, le nombre des bataillons resta invariable, mais les bataillons des communes annexées ont été intégrés dans les subdivisions intra muros[47]. Néanmoins, et ceci pour des raisons politiques et sociales, les quartiers populaires ne sont pas organisés en compagnies de gardes nationaux[48]. Au sein de chaque subdivision, le major dirige tout ce qui concerne l’administration et la comptabilité[49]. Le major dirige l’adjudant major de semaine de la subdivision et rend compte de son activité au chef de l’état-major général[50].

2.2.3. Les bataillons

Les bataillons sont répartis dans chacune des subdivisions, puis dans chacun des secteurs de défense à partir d’août 1870[51]. Chaque bataillon correspond à un quartier ou à un îlot d’habitation précis appartenant théoriquement[52] à un même arrondissement[53]. Les bataillons se composent d’un état-major, d’un conseil d’administration[54], d’un conseil de famille[55] et d’un nombre variable de compagnies[56]. Les compagnies sont composées de 100 à 250 gardes, sauf les compagnies de guerre dont l’effectif est strictement limité à 125 baïonnettes. Il existe différentes catégories de bataillons : des bataillons spécialisés (génie, génie auxiliaire), des bataillons de marche ou de guerre[57] (qui résultent de l’application de l’arrêté de l’état-major général de la Garde nationale de la Seine du 19 octobre 1870 portant la création des compagnies de volontaires) et des compagnies de vétérans pour les gardes ayant atteint la limite d’âge pour l’incorporation. La cavalerie est regroupée en escadrons et l’artillerie en batteries et batteries auxiliaires. Pierre-Henri Zaidman a relevé dans le XIVe arrondissement l’existence de compagnies de dépôt, celles-ci correspondent, selon la terminologie militaire, aux compagnies à l’instruction – et par conséquent non opérationnelle – mais ayant une existence légale. Celles-ci devaient dans la pratique guère se distinguer des compagnies sédentaires.

Il existe aussi une garde civique pour les citoyens non inscrits dans la Garde nationale, qui sont souvent des banlieusards, et parfois des réfractaires. La garde civique est chargée du service des incendies, de la surveillance des points de distribution alimentaire et des rondes. Elle est structurée par îlot d’habitation[58].

2.3. Les services en relation avec le producteur

2.3.1. L’état-major de la place de Paris

Instance supérieure de commandement des forces armées de la capitale. Il est dirigé par le Gouverneur militaire (le général Trochu, pendant le siège de Paris).

2.3.2. La préfecture de la Seine

Les services de la Préfecture de la Seine : le 3ème bureau de l’administration préfectorale « recrutement et affaires militaires » a une compétence limitée à la Garde nationale mobile. Ce service, sis, 6, rue Saint Bon, s’occupe par ailleurs des affaires suivantes : du recrutement, des engagements volontaires, des remplacements, des substitutions, des soutiens de famille, des mariages d’officiers, sous officiers ou soldats, des mouvements de troupes, des vivres, fourrages et convois militaires, des adjudications de fournitures militaires, des orphelins de juin 1848, du secours aux anciens militaires, de la remonte, des admissions à domicile, des naturalisations, des réhabilitations en matière criminelle et du service militaire à l’étranger.

2.4. Les fonds concernant la Garde nationale de la Seine : panorama général

2.4.1. Les fonds conservés aux Archives de Paris

2.4.1.1. La sous-série DR4

2.4.1.1.1. Historique du fonds

Les papiers de la Garde nationale de Paris ont longtemps été  conservés dans les locaux de l’état-major général, place Vendôme, et dans les mairies d’arrondissement. Les archives de l’état-major général ont été évacuées soit en toute hâte l’après midi du 18 mars 1871 ou pendant la semaine de négociations précédent les élections de la Commune et ont été transportées jusqu’à Versailles, nouveau siège de la Garde nationale, dirigée par le colonel Corbin. Toutefois, il est également possible que ces archives soient restées à l’état-major et qu’une fraction seulement - les documents de quelques officiers ayant eu la présence d’esprit de les évacuer – aient été acheminés hors de Paris[59]. Les archives témoignent de cette scission, notamment les documents de gestion et de comptabilité qui continuent à être produits pour les gardes nationaux qui ont quitté Paris et qui s’interrompt pour les hommes et les unités restées dans la capitale (à l’exception des hommes soldés secrètement pour préparer le retour dans la Ville[60]). La collection des doubles des bordereaux de paiement de la solde conservée par l’état-major s’arrête aussi à cette date. Les archives des mairies sont restées et seront exploitées par les sous-comités d’arrondissement et les conseils de légions[61] avant d’être saisis par l’armée lors de la Semaine sanglante.

Après la Commune, les archives de l’état-major (essentiellement les listes nominatives) et leurs doubles restés dans les mairies d’arrondissement sont remises à la Justice militaire pour instruire les enquêtes individuelles contre les insurgés. Ces documents servent comme pièce à conviction et de preuve contre les fédérés et les gardes nationaux capturés lors des combats du printemps 1871[62]. Tous les services, même ceux de la Préfecture de Police avaient accès à ces listes[63]. Il est probable qu’un premier tri a été fait lors du versement de ces archives à la Justice militaire, puisque de nombreux documents relatifs à la comptabilité et au budget de la Garde nationale ont été examinés entre 1871 et 1873 par la direction de l’administration départementale et communale du ministère de l’Intérieur lors de la liquidation financière de la Garde nationale après sa dissolution. Ces archives ont été associées aux différents dossiers concernant l’ancienne institution, notamment les papiers de la Commission supérieure de répartition des secours aux familles des militaires, marins et gardes nationaux.   

Les archives déposées au ministère de l’Intérieur ont fait l’objet de deux versements, le premier – correspondant à la sous-série D1R4 – a été effectué en 1874[64]. Et le second – la sous-série D2R4 – en mars 1907[65]. Ces documents volumineux ont été triés et classés respectivement en 1908 et en 1925 (lors du classement global des archives militaires) et répertorié en 1926[66]. Leur volume est de 74 ml (soit 425 cartons= 59,50 ml) et 292 registres (14,5 ml)[67]. Les registres ont été artificiellement référencés dans la sous-série D3R4. Un certain nombre d’autres registres (200 environ), qui contenaient les contrôles nominatifs antérieurs à 1870, ont été supprimés[68] en application des dispositions de la circulaire ministérielle du 27 août 1923[69]. Précédemment à cette destruction on été retirées les pages concernant les officiers et les personnalités célèbres, et on été regroupées sous les cotes D3R4 266-278. Lors du second versement H. Lemoine a apporté de nouvelles modifications au classement initial[70] et a  produit l’instrument de recherche définitif. Ces archives ont quitté les magasins du Quai Henri IV (Ive arrondissement) pour être transférés dans le nouveau bâtiment des Archives de Paris (boulevard Sérurier, XIXe arrondissement) en 1989. Ces archives sont conservées dans le magasin n°73 du site des « Lilas » des Archives de Paris. L’instrument de recherche a subi quelques modifications, notamment le référencement des bataillons de guerre et sédentaire, dans le cadre de l’enquête préliminaire à la rédaction du Guide des sources d’archives du mouvement communaliste et de la Commune de Paris (1864-1880). Le fonds de la sous-série DR4 est considéré comme clos[71] et sa communication est libre.

2.4.1.1.2. Structure du fonds

Nous avons constaté que certaines parties du fonds sont en grand désordre[72]. La distinction en sous-séries ne correspond nullement à la réalité des fonds puisque la règle de l’intégrité du fonds a été transgressée. Les fonds n’ont pas été reconstitués car les archivistes ont considéré la Garde nationale comme un seul et unique producteur. L’étude de l’organisation de la Garde nationale permet la mise en évidence trois producteurs principaux : l’état-major (fonds principal), les subdivisions (sous-fonds), les secteurs (sous-fonds) et les conseils de révision (sous-fonds). Or, ces fonds et sous-fonds ont été regroupés en un et les sous-séries sont distinguées en fonction de la date de leur versement par le ministère de l’Intérieur. Il résulte que la série DR4 se subdivise en trois sous-séries :

D1R4 : 141 références, soit  19,75 ml. L’essentiel des documents semblent provenir des bureaux des subdivisions de l’état-major (94 références), du service de l’intendance (29 références), du bureau de l’état-major général (17 références) et du magasin central d’habillement, du magasin central d’armement (5 références).

D2R4 : 283 références, soit 39,62 ml. D’une manière identique, l’essentiel des archives ont été produites par les subdivisions et les secteurs (160 références). Viennent ensuite les archives du bureau de l’état-major général (79 références). Les autres services totalisent 15 références.

D3R4 : 312 registres, soit 15,60 ml. Composition identique aux deux autres sous-séries, avec une importante représentation des registres provenant des subdivisions et des secteurs (214 registres).

Communément aux trois fonds, il n’y a eu aucune production documentaire par  le service de santé et le jury de révision pendant le premier siège. Cette lacune résulte du rôle joué par les compagnies d’ambulances militaires, des arrondissements et privées, qui ont suppléées à l’insuffisance matérielle du service de santé de la Garde nationale inadapté au contexte de conflit armé. En outre, le rôle des jurys de révision était en inéquation avec les engagements massifs des Parisiens dans la Garde nationale, seul moyen de subsistance pour la majorité d’entre eux.   Néanmoins, les archives concernant ces structures sont conservées dans la sous-série VD6.

Estimation de la correspondance entre les dossiers et les différents services du producteur

Il convient de préciser que les documents produits par les bureaux de l’état-major (indiqués en gras dans le tableau) appartiennent au fonds principal de l’état-major. Car selon Michel Duchein[73], « les divisions ou sections internes d’un organisme ne répondent pas aux conditions requises pour produire un fonds d’archives.

Structures/services

D1R4

D2R4

D3R4

Bureau de l’état-major général

1 ; 1bis ; 2-17 ;

161- 195-225 ; 239- (240)-252 ; 270-271

Intendance militaire

52-58 ; 112 ; 116 ; 117-118 ; 120-139

227-233 ; 272-279

12-13 ; 22-23

Service de santé

Jury de révision

Magasin central de l’armement[74]

49

Magasin central d’habillement

45-48

15 ; 17

Maison d’arrêt

43[75]

234-235

4-8

Subdivisions /secteurs

24-42 ; 65-141

1-160

50-264

Indéterminée

50[76]

236-238 ; 254-268

267-309

2.4.1.2. Le fonds des mairies

Les archives en provenance des mairies, pour la période du premier siège jusqu’au 18 mars 1871, ainsi que les papiers produits ultérieurement ont été versés en 1966 aux Archives de Paris et ont été recotés dans la nouvelle série VD/6[77]. Leur présentation générale a été faite précédemment (voir paragraphe identification du producteur).

2.4.2. Les fonds conservés au Service Historique de l’Armée de Terre

Les archives exploitées par les Conseils de guerre ont été versées au Service Historique de l’Armée de Terre dans la série Li (siège de Paris) et Ly (Commune de Paris). Les documents relatifs à la Garde nationale y sont conservés pour des raisons historiques, ce qui explique le non respect de la provenance territoriale. Le descriptif du fonds a été donné par M. Jacques Rougerie en introduction de son ouvrage intitulé le Procès des Communards[78] : « Les archives des conseils de guerre (…) tant bien que mal conservées et plutôt mal que bien, puisque des quelques 40 000 dossiers qui avaient été constitués pour le procès, il ne subsiste plus aujourd’hui qu’une quinzaine de milliers. C’est qu’elles ont longtemps pourri dans les caves du ministère de la Guerre, puis dans les casemates du fort, dont on ne les a tirées que depuis 1945. Il se trouve aussi qu’un archiviste maladroit en a autrefois, pour faire de la place, fait détruire une partie ; considérant que les dossiers d’individus qui avaient bénéficié d’un non lieu (plus de 20 000) ne méritaient pas d’être gardés, il les a expédiés au pilon. L’historien a également résumé le contenu de ces dossiers : chacun d’entre eux « contient un rapport détaillé sur les activités du prévenu, avant et pendant la Commune, le relevé de ses interrogatoires, des dépositions des témoins, l’appréciation (ou les commérages) du voisin, de l’ami, de l’ennemi, de l’employeur, du concierge, du propriétaire, d’innombrables pièces à charge et à décharge, et même des papiers personnels qu’on a saisi chez le détenu.

2.4.3. Les fonds résiduels conservés en d’autres lieux

-          Bibliothèque historique de  la Ville de Paris : les papiers Chaper (un des rédacteur du rapport Appert), les papiers Emile Maury (garde du 204e bataillon), les papiers de la garde civique du Ixe arrondissement, etc.

-          Bibliothèque administrative de la Ville de Paris : une collection de manuscrits.

-          Musée de Saint Denis : collection de manuscrits, photographies.

-          Archives municipales de Vincennes : quelques bordereaux de soldes du 99e bataillon[79].

2.4.4. Le cas particulier des archives de la Fédération républicaine de la Garde nationale

Ces archives sont conservées sous la référence Ly 20 et 36 par le Service Historique de l’Armée de Terre. Ces archives correspondent à une réalité complexe. En effet, des comités de bataillons, voire des fédérations de bataillons à l’instar du XIe arrondissement, ont existé avant la création de la Fédération républicaine de la Garde nationale. L’Association républicaine de la Garde nationale, le Comité de Belleville, le Comité de Montmartre ou comité central du XVIIIe arrondissement, le comité du 55e bataillon, le Comité central de la Garde mobile, le Comité central d’artillerie, etc. Pour ces structures, il n’existe aucun dossier les individualisant, tant leur existence fût éphémère. Il est au demeurant possible que ces documents aient été détruits par leurs auteurs pour échapper à la répression. Ce qui est certain, c’est que ces documents ont été produits par un producteur différent, et de surcroît un producteur de statut privé. La mission du comité central est corporatiste : sa mission est de préserver les intérêts de la Garde nationale et de la République à laquelle l’institution parisienne s’identifie. Cette identification n’est pas étrangère aux événements du 18 mars 1871, journée durant laquelle les Parisiens semblent protéger à la fois les canons, fondus avec leurs deniers, et la République que ces pièces symbolisent. La production documentaire du Comité central est d’une nature complexe, puisque celui-ci a produit des documents d’ordre privé, lorsque celui-ci agissait au nom de l’institution, et d’ordre public au moment de la prise du pouvoir par la Garde nationale. Après les élections du 26 mars 1871, les activités du Comité central sont ambiguës. Ses fonctions officielles au ministère de la Guerre, dont témoignent quelques pièces présentes dans le dossier Ly 20, entraînaient une production de documents de nature publique,  et ses fonctions corporatives et politiques, une production documentaire privée. Ces pièces sont mélangées dans les archives du Comité central, alors que celui-ci siégeait à la fois au ministère de la Guerre (rue Saint Dominique) et dans un local privé, situé rue de l’Entrepôt. L’utilisation de ces pièces par la justice militaire et leur conservation par le Service Historique de l’Armée de Terre leur confèrent désormais un statut d’archives publiques.

Chapitre 3 : perspectives historiographiques et fertilisation croisée

3.1. Les bordereaux de solde (D2R4 1-48)

Les bordereaux de soldes, officiellement intitulés, états nominatifs des gardes nationaux qui ont demandé l’indemnité allouée par le décret du 12 septembre 1870, ont été dressés par un greffier des bureaux des conseils de révision de la Garde nationale des mairies d’arrondissement et sont signés par les membres du conseil de famille du bataillon et le capitaine commandant la compagnie (voir plus haut). Les bordereaux permettent la vérification des comptes par un conseil de contrôle, après que les états nominatifs lui aient été transmis immédiatement après le paiement par le receveur central de la préfecture de la Seine (article 2 du décret du 14 octobre 1870).

Ces bordereaux de solde sont improprement qualifiés dans l’inventaire de « contrôle nominatif », bien qu’ils servissent également de registre de contrôle des effectifs, ces pièces avaient originellement une utilité comptable. Certains bordereaux contiennent des listes nominatives antérieures au 12 septembre 1870 et sont pour cela intéressants pour l’historien travaillant sur la période du Second Empire et souhaitant effectuer une étude sur une échelle macro-historique recoupant la fin de l’Empire, le siège de Paris et la Commune. La continuité jusqu’au mois de février 1871 est garantie puisque la collection des bordereaux de solde est quasi-complète aux Archives de Paris (il manque seulement les bordereaux des unités ayant un statut particulier, notamment les bataillons des chemins de fer). Ces bordereaux sont un palliatif de la destruction des registres de contrôle du Second Empire opérée en 1925-1926. Ces documents sont d’une grande utilité et peuvent être mis au cœur d’un dispositif d’analyse historique.

3.1.1. Les bordereaux de solde comme outil d’étude sociologique 

Le modèle pour cette étude est le quartier de la Butte-aux-Cailles, quartier populaire dans lequel se déroula un combat acharné pour sa défense en mai 1871.

3.1.1.1.       La localisation du recrutement 

Originellement, la géographie du recrutement des compagnies était stricte[80], bien qu’il y existait des exceptions[81]. Le recrutement semble s’effectuer sur double critère du géographique et du social et le premier pour des raisons politiques évidentes prime sur le second. A partir de septembre 1870, la délimitation devient plus floue. L’examen de ces archives laisse transparaître la prépondérance du recrutement de quartier et le rôle de la sociabilité entre les individus[82]. Cette analyse est aisément démontrable par l’outil statistique[83] et l’emploi d’un système de bases de données relationnelles[84].

→ L’outil statistique peut être exploité de la manière suivante : Chaque garde d’une même unité (compagnie ou bataillon) est enregistré dans une base de données avec pour mentions principales le nom et l’adresse et ceci à trois moments de référence (avant septembre 1870 ; à la création de l’unité en septembre 1870 et au moment de la création des compagnies de marche en novembre 1870).  A l’aide d’un graphique (avec calcul des pourcentages), l’historien peut dresser ces premières statistiques. L’étape suivante consisterait à cartographier ces informations : chaque point (représentant un individu ou un groupe d’individu) sera disposé sur un plan du quartier afin de déterminer le centre de gravité du recrutement. Cette information peut s’avérer précieuse pour ce qui concerne les réseaux de sociabilité et les motivations des engagements. Par exemple, le centre de gravité peut être un groupe de militants politiques actifs, les propriétaires de quelques immeubles de la rue[85] ou le quartier stricto sensu.

→ Les bases de données relationnelles servent à déterminer les mouvements des individus et déceler leur appartenance à un réseau. Les mouvements significatifs sont le départ du bataillon et les changements de compagnie. Ces derniers se font sur des critères financiers (l’inscription dans les compagnies de marche octroyait une solde d’un montant doublé) et humains (certains gardes ont un comportement grégaire : ils s’enrôlent en groupe et changent de compagnie en groupe[86]).

3.1.1.2.      L’origine socio-professionnelle

Cette étude est scientifiquement envisageable à la date charnière du 8 novembre 1870, date où le recrutement se stabilise et où la distinction entre bataillons de guerre et sédentaire est faite[87]. L’historien dispose de sources complémentaires pour effectuer une analyse sociologique affinée, grâce aux classifications et analyses effectuées par d’autres historiens[88].  Pour notre exemple, nous avons appliqué la classification retenue par Jean-Claude FREIERMUTH (qui ne tient pas compte des classes de revenus et qui ne distingue pas les patrons des salariés) :

Production

Consommation

Salariés

Professions libérales et supérieures

Rentiers

Force publique

Indéterminé

Agriculture

Bâtiment

Métal

Cuir

Chimie

Textile

Habillement

Vêtement

Chaussure

Travail d’Art

Ouvrier d’art

Artisan de Paris

Bijouterie horlogerie

Ameublement

Livre

Alimentation

Divers (terre faïence, bois et dérivés, indéterminé)

Intermédiaires

Commerce courant

Services courants

Petits métiers

Peu ou pas qualifiés

Employés (secteur public, secteur privé)

Domestiques et concierges

Professions libérales

Cadres

Artistes

Enseignement

Clergé

Un relevé des professions peut être effectué. Exemple des professions des gardes nationaux de la Butte-aux-Cailles (rue des Cinq Diamants).

Professions[89]

Nombre

Pourcentage

Métiers du cuir

133

22,20

Indéterminé

35

5,84

Journaliers

118

19 ,70

Maçon

29

4,84

Mécanicien

13

2,17

Menuisier

11

1,83

Peintre

11

1,83

Marchand de vin

15

2,50

Tourneur

10

1,66

Ce type de relevé permet de définir le profil socioprofessionnel d’un groupe d’habitants. Ici les habitants de la Butte-aux-Cailles sont plutôt des gens pauvres et salariés, ayant travail irrégulier (présence de nombreux journaliers), dont beaucoup travaillent le cuir (de nombreux ateliers de cordonniers et de tanneurs étaient installés le long de la Bièvre).

L’historien peut également recourir à d’utiles sources complémentaires qu’il pourra croiser aux bordereaux de solde, et notamment les listes électorales. Selon les périodes, il ne pourra pas recouper l’ensemble des informations en raison de nombreuses lacunes consécutives aux sinistres et aux destructions de la Commune. Seuls les documents concernant les bataillons suivants peuvent être raisonnablement recoupés avec les listes électorales[90] : 

-          Les bataillon recrutant dans le quartier des Halles (1er, 5ème, 13ème, et 14ème  bataillons).

-          Les bataillon recrutant dans les quartier du Mail et de Bonne-Nouvelles : 8ème, 10ème et 11ème bataillons (2ème arrondissement).

-          Le bataillons recrutant dans le quartier de Sainte Avoye (3ème arrondissement) : 54ème et 55ème bataillons.

-          Les bataillon recrutant dans les quartier de la Monnaie-Odéon et Saint-Germain des Prés- Notre Dame des Champs (6ème arrondissement) : 18ème et 19ème bataillons.

-          Les bataillons recrutant dans les quartiers des Invalides - Ecole Militaire- Gros Caillou – Saint Thomas d’Aquin (7ème arrondissement) : 15ème, 16ème, 17ème et 20ème bataillons.

-          Les bataillons recrutant dans les quartiers de la Chaussée d’Antin – Rochechouart (9ème arrondissement) : 6ème et 7ème bataillons.

-          Les bataillons  recrutant dans les quartiers de Montparnasse – Montrouge – Petit Montrouge – Santé – Plaisance (14ème arrondissement) : 46ème bataillon.

-          Les 38ème [91]et 72ème bataillons du 16ème arrondissement.

-          Le 42ème bataillon du 13ème arrondissement.

-          Le 32ème bataillon du quartier de la Butte Montmartre (18ème arrondissement).

-          Le 27ème ou 30ème bataillon du 20ème arrondissement.

-          Et pour la banlieue le 41ème bataillon de l’arrondissement de Sceaux.

Les listes électorales permettent de préciser la date et le lieu de naissance, mentions absentes des bordereaux de solde (sauf pour la légion de cavalerie) et de recouper la profession et l’adresse. Néanmoins, le chercheur spécialisé dans la période des deux sièges peut recourir aux listes électorales de l’année 1871 (mais il ne retrouvera pas les personnes décédées et celles qui ont déménagé).

Néanmoins, la confrontation des bordereaux de solde et des listes électorales est l’option minimale, permettant seulement une analyse sociologique globale. L’analyse peut être affinée en réduisant l’effectif et en augmentant le nombre des recoupements à l’aide de sources complémentaires.  La grille d’analyse est schématisée dans le diagramme suivant :

Analyse sociologique globale

Analyse sociologique d’un groupe d’individus

Biographies

a)       L’analyse sociologique globale : Celle-ci peut découler d’une grille d’analyse globale reposant sur une typologie de bataillons s’intéressant concurremment aux classes sociales et au comportement politique.

→ Les classes sociales sont un outil de compréhension des événements parisiens de 1870-1871. Au-delà des classes se pose aussi le problème d’une conception du peuple, et plus particulièrement du peuple de Paris, mais ceci dépasse le cadre de notre analyse historiographique et archivistique[92].  Néanmoins, une typologie de bataillons est envisageable :

-          Le bataillon « bourgeois » : essentiellement les bataillons anciens hérités du Second Empire et les nouveaux bataillons levés dans les quartiers aisés. L’examen de ces unités, notamment ceux du XVIe et du Ve arrondissements, fait apparaître l’existence d’un recrutement de personnes plus modestes. Le 38e bataillon du XVIe arrondissement regroupe notamment des ouvriers maçons, probablement venus de province et travaillant aux travaux d’aménagement parisiens. L’exemple de ce bataillon est des plus significatifs, puisque les ouvriers[93] sont essentiellement regroupés dans les compagnies de guerre, en raison de la solde, et les gardes « bourgeois » dans les compagnies sédentaires, les moins exposées au feu des Prussiens.

-          Le bataillon mixte : il correspond à un bataillon recruté dans un quartier où cohabitent des îlots de population riche et modeste. Par exemple, un quartier où les grands boulevards ont été haussmanisés et où résident une population à forts revenus dans des immeubles en pierre et où les artères perpendiculaires regroupent une population modeste dans des immeubles en brique. L’historien Robert TOMBS a examiné les gardes nationaux du quartier de Bonne-Nouvelle, mais cette étude peut par exemple être élargie au quartier des Batignolles ou bien encore au chevauchement du quartier Mouffetard et de la rue Monge. 

-          Le bataillon populaire : c'est-à-dire le bataillon recruté dans les quartiers pauvres et populaires, principalement dans les arrondissements périphériques.

-          Le bataillon « corporatiste » : c’est-à-dire l’unité défendant des intérêts particuliers (compagnies de l’octroi, des chemins de fer, de la Banque de France, etc.).

Les unités politiques : Les unités à forte coloration politique sont identifiées dans les livres d’histoire, les témoignages et les archives et cette grille de lecture peut être superposée à l’analyse sociologique. Elle permettrait de dégager des profils de gardes nationaux au sein de chacun des bataillons :

-          Le garde attentiste, neutraliste ou touche-la-solde[94], c’est-à-dire le Parisien qui suit les événements et ne s’est engagé que pour assurer sa subsistance et celle de sa famille.

-          Le garde républicain modéré.

-          Le garde rallié au gouvernement de Versailles, resté ou non à Paris.

-          Le garde national fédéré, rallié ou ayant des sympathies pour le Comité central et la Commune.

-          Le garde des sous-comités d’arrondissement, ou Communard, en lutte pour la défense de sa classe sociale[95].

b)       Analyse sociologique d’un groupe d’individus : Le choix du groupe d’individus peut être sélectionné à l’aide de la base de données relationnelles et à partir des typologies énumérées précédemment. L’étude peut être améliorée grâce à de nombreuses sources archivistiques.

L’évaluation des revenus :

-          La fortune au décès : grâce aux relevés détaillés faits par les 9 bureaux de l’enregistrement des successions parisiens. Sous-séries DQ7 et DQ8.

-          L’évaluation des biens lors de faillites, ainsi que la date et les conditions de la faillite (de nombreux commerçants ont été ruinés par la guerre et la Commune). Sous-séries D10U3 ; D11U3 ;  D13U3 et D14U3.  En l’absence de faillite, l’inscription au Bottin du Commerce est un bon indicateur sur la propriété du commerce[96].

-          L’évaluation des biens et les conditions de vie des gardes nationaux parisiens par  les matrices-rôles du cadastre : Ces matrices-rôles ont été dressées à quatre reprises au cours de la seconde moitié du 19e siècle : 1852, 1862, 1876 et 1900… Elles se présentent sous la forme de cahiers relatifs à chaque immeuble, classés dans l’ordre alphabétique des rues et indiquant les noms et adresses des propriétaires, décrivant brièvement l’aspect extérieur de l’immeuble (matériaux de construction, disposition des corps de bâtiment, localisation dans le quartier) et donnant, étage par étage et appartement par appartement, la composition des logements (nombre et nature des pièces avec ou sans feu) et les noms et professions des divers locataires qui s’y sont succédés dans l’intervalle de deux révisions. Enfin, on y trouve divers renseignements de nature fiscale (portes et fenêtres, valeur locative). Ces documents sont une source précieuse pour l’histoire sociale et économique de Paris au 19e siècle[97].

-          Pour une analyse sociologique encore plus affinée : Pour une étude approfondie de la population parisienne, il convient de s’appuyer sur les travaux de Jeanne GAILLARD[98] ou bien encore ceux de Florence BOURILLON[99]. Les sources conseillées sont[100] :

a)       Calepins industriels (D2P4) : Les calepins sont classés par quartier. Les calepins pour chaque établissement industriel font la description et donnent l’estimation de la valeur des locaux et de l’outillage. Ils ajoutent également le nom des propriétaires et des exploitants, le plus souvent le nombre des ouvriers, en indiquant s’ils sont sur place ou ailleurs. Ils permettent de connaître l’activité industrielle, en décrivant chaque pièce avec l’outillage utilisé.

b)       Registres statistiques du cadastre : Il s’agit d’une description topographique, historique et économique du quartier.

c)       Registres d’inscription des états du montant des rôles de toute nature : Un registre par année pour tout Paris. On y trouve le montant de tous les impôts directs : contribution foncière, personnelle et mobilière (droit fixe et droit proportionnel), principal des patentes, nombre de cotes ou formules, le revenu foncier imposable, le montant des loyers imposables. Ces renseignements complètent les informations des registres statistiques du cadastre.

d)       Etats des démolitions et constructions entraînant des modifications d’impôts : Chaque année, sont précisées les démolitions avec une estimation de leur revenu foncier, et les constructions nouvelles avec la valeur locative créée.

e)       Répertoires généraux des patentes et cotes mobilières (D9P2) : un registre par année et par quartier.

f)        Sommier foncier (DQ18) : Classement par rue. On apprend pour chaque maison, le nom des propriétaires, la nature, le montant et la date des mutations. Le revenu est régulièrement indiqué. Le montant du « revenu » correspond au total des valeurs locatives indiquées dans les calepins (D1P4).

g)       Tables de recensement des conscrits (DR1) : ces tables concernent tous les conscrits, c’est-à-dire, tous les individus mâles de 20 ans. On y trouve leurs adresses, leurs professions, jusqu’en 1870, celles de leurs pères, leur stature, leur degré d’instruction, etc.

h)       Enquêtes statistiques : les enquêtes sont nombreuses, citons à titre d’exemple les Recherches statistiques sur la Ville de Paris et le département de la Seine.

Le comportement délictueux ou politique :

Les archives du tribunal correctionnel du département de la Seine est le fonds le plus riche : sous-série D2U6 1-214. De nombreux gardes nationaux fédérés ont été jugés pour des motifs politiques[101]. Les gardes ayant commis des délits avant le siège (puisque pendant ils étaient soumis à la loi militaire) sont identifiables dans les fonds de la justice de paix (D1U1 à D20U1). Il existe également à titre indicatif les archives de la Cour d’appel et de la Cour d’Assise de Paris (D3U9 et D2U8). Les registres d’écrou des fonds pénitentiaires (sous-série 2y) peut être un précieux complément de l’enquête, notamment ceux des prisons regroupant les détenus politiques (notamment la prison Mazas, sous-série 2Y7)[102]. Les bordereaux de soldes (ici l’exemple du garde national Emile DUVAL) et les listes dressées par la police (BA/439) peuvent avantageusement être utilisés pour démontrer la volonté de dissimulation des activistes politiques.

c)       La biographie : la recherche biographique ou généalogique s’appuie sur les sources précédemment évoquée, surtout si l’on veut recréer l’environnement d’un personnage. Pour cela, il convient de recourir aux différentes sources directes et connexes de l’état civil parisien, disparu, je le rappelle lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville en 1871[103]. Ce sont : les actes d’état civil, les sources religieuses (registres des paroisses, registres d’hôpitaux), les déclarations de successions, etc.  Néanmoins, la source, la plus utile reste les dossiers de conseils de guerre (sous-série 8J). En revanche, il est rare de retrouver la photographie d’un garde national, à l’exception des personnalités politiquement engagées. De nombreuses photographies de gardes nationaux anonymes abondent dans les centres d’archives et de documentation parisiens.

3.1.1.3.      La composition des conseils de famille

Les conseils de famille, pour les compagnies et bataillons de la Garde nationale de la Seine, résultent des décrets des 11 et 12 septembre 1870 qui octroient des bons de vivres et une indemnité aux gardes nationaux nécessiteux participant à la défense de Paris[104]. La solde est versée par les mairies d’arrondissement. Pour éviter les fraudes, le versement de la solde est placé sous le contrôle des capitaines de compagnie qui doit

verser directement à l’ayant droit qui doit être listé sur un état nominatif[105], c'est-à-dire les bordereaux de solde de la sous-série D2R4. Un conseil de contrôle (appellation officielle) est institué pour renforcer le contrôle financier[106]. Les conseils de famille auraient pour origine administrative l’arrêté (de l’état-major général de la garde nationale) du 24 septembre 1870. Ils sont organisés facultativement dans les compagnies[107] et sont composés : de tous les officiers de la compagnie, de deux sergents, deux caporaux et de deux gardes choisis à l’élection. Les conseils de famille ont pour mission de régler et contrôler les dépenses facultatives et obligatoires de la compagnie, la fixation des cotisations mensuelles, la surveillance de la bonne tenue et enfin l’appréciation amiable des contestations qui pouvaient s’élever au sein de la compagnie[108]. En revanche, les conseils de famille de bataillon[109] n’auraient légalement existés que dans les bataillons de volontaires, créés au titre du décret du 19 octobre 1870. Les conseils de famille, foyers potentiels d’opposition, ont été surveillés et contrôlés pendant le siège pour le caractère non formel de leurs créations, indépendantes du conseil municipal[110]. Dans sa thèse de doctorat, l’historienne américaine Dale Lothrop CLIFFORD attache une grande importance au rôle démocratique et révolutionnaire de ces conseils.  Néanmoins, ceux-ci co-existaient avec d’autres structures informelles : les comités de bataillons. L’historien peut, également avec l’outil informatique, établir une base de données comparative entre les membres des conseils de famille et les délégués de bataillons au Comité central. Les membres des conseils de famille sont identifiables à partir des signatures situées au verso en bas à droite à la dernière page des bordereaux de solde. Cette signature doit être recoupée avec la liste nominative du bordereau lui-même. Ces signatures permettent d’établir leur niveau d’instruction (tous ne savent pas écrire leur nom). Ces listes permettent de faire le lien avec les dossiers de conseils de Guerre et d’écrire l’histoire politique de ces conseils ou comités.

3.2. Les nominations aux postes d’officier (D2R4 196-199), les notes confidentielles concernant les candidats au poste d’adjudant-major (D2R4 190) et les états signalétiques des officiers (D2R4 201-217d)

Le  carton D2R4 196 apporte un éclairage sur la transition démocratique subie par l’institution avec l’avènement de la République. L’historien y découvre les mécanismes de recommandation[111] en vigueur sous l’Empire et la pratique du serment  (dont la prestation était écrite[112] et orale). La lettre de A. Landert, capitaine de la compagnie des carabiniers du 15e bataillon au commandant du bataillon, en date du 25 août 1870, illustre notre propos : « J’ai l’honneur de soumettre à votre approbation la demande de deux anciens sous-officiers de mes amis… ». Les outils d’analyse exploités pour l’examen des bordereaux de solde peuvent être ici repris reconstituer les réseaux de sociabilité des officiers de la Garde nationale sous le Second Empire et au début du Gouvernement de la Défense nationale[113]. Le contenu documentaire de cette cote permet de retracer le processus administratif de la demande de grade jusqu’au décret impérial de nomination.

Les notes confidentielles contiennent les lettres de demande et leurs pièces jointes (souvent une fiche signalétique de l’état des services et les recommandations[114]) des postulants, des notes de renseignements individuelles établies par le ministère de la Guerre et adressée à sa demande à l’état-major général de la Garde nationale. Certaines notes du ministère de la Guerre contiennent des jugements de valeur sur le caractère des postulants : celles-ci pèsent sur la candidature[115]. Les notes apportent parfois des indications sur l’appartenance politique[116] : la recommandation suppléant l’écueil d’un recrutement non favorable à l’Empire, puis au Gouvernement de la Défense nationale.

Les états signalétiques des officiers, adjudants, sergents-majors et secrétaires (1870-1871) – sous-série D2R4 201 à 206[117] - : ces états, sous forme de fiches  remplies par les officiers eux-mêmes, apportent de nombreux renseignements : son état civil, son âge, sa profession, ses états de service[118]. Ce dernier point est d’ailleurs d’un intérêt majeur, car au-delà de permettre une évaluation de la valeur militaire de l’individu, quelques états font mention de la participation ou non – et surtout dans quel camp – de l’officier aux événements de juin 1848 et de décembre 1851 (voir fiche signalétique de Marie Serizier, qui a servit dans l’armée de ligne lors de répression contre les républicains en 1851).

3.2. Les dossiers des conseils de guerre (D2R4 238)

Les dix conseils de guerre (un par secteur)[119] créés au sein de la Garde nationale pour toute la durée du siège le sont en application des dispositions du décret du 27 septembre 1870. Celui-ci prévoit l’organisation des conseils (variable en fonction du grade de l’accusé et les sanctions à appliquer) et leur action combinée avec le jury de révision (en cas de révocation)[120]. Ce décret décrit la procédure de mise en accusation et les peines applicables allant de l’emprisonnement temporaire à la révocation, en passant par la cassation du grade[121]. Les crimes et délits sanctionnés par les conseils de guerre sont ceux commis lors du « service spécial » du garde national, à savoir : lors des factions, patrouilles, sorties, reconnaissances, engagements avec l’ennemi, manœuvres, exercices, services dans l’intérieur d’un poste (article 1er du décret du 12 octobre 1870). Le décret du 12 octobre 1870 prévoit aussi les recours des gardes mis en accusation.

        Les dossiers de conseils de guerre de la série D2R4 sont complémentaires de ceux de la sous-série 8J du Service historique de l’armée de terre. Leur  contenu documentaire est approximativement le même : procès-verbaux d’information par témoins, extraits du sommier judiciaire et des pièces à conviction. Ces conseils de secteur ont notamment enquêté sans suite sur les agissements des acteurs blanquistes du XIIIe arrondissement et d’Emile Duval. L’historien de la Commune trouvera dans le dossier « conseils de guerre du 9e secteur » de précieux renseignements sur les activités militantes de Duval et de ses proches et la précocité de l’autonomisation de la Garde nationale dans cet arrondissement[122] et  des pièces relatives aux premières réunions des comités de gardes nationaux fédérés au comité central de la Garde nationale[123], documents fondamentaux pour la compréhension des événements survenus depuis le 15 février 1871. L’importance du mouvement insurrectionnel est telle qu’un rapporteur ad hoc siège au 8e secteur : l’officier Mouillefarine, « délégué pour toutes les affaires du comité central ». Les motifs de jugements relevés sont : usurpation d’autorité, révolte, rébellion, réfractaires, outrages envers un supérieur, refus d’obéissance, détournement de fonds, désertion avec bagages, violences et abus d’autorité, vol, destructions d’armes et d’effets d’habillement… Le problème majeur de cette source est l’absence de précision sur le jugement et la sentence (quelques dossiers de non lieu). L’historien devra faire le lien entre ces dossiers et ceux des conseils de guerre qui ont siégé postérieurement à la Commune. D’utiles recoupement pourront être fait, notamment en matière d’évaluation de l’efficacité administrative de la prévôté, à savoir si les pièces du carton D2R4 238 ont été exploitées lors des jugements ultérieurs. Il convient de signaler que la plupart des dossiers étaient en cours de constitution et sont de la période de janvier-mars 1871[124] : cette date explique probablement l’absence de sentence et de jugement.

3.4. Les mises sous écrou des gardes nationaux contrevenants (D2R4 181) et registres d’écrou de la maison d’arrêt de la Garde nationale (D3R4 5)

Contenu documentaire du carton D2R4 181 : Dans les papiers du commandant de Granval[125], se trouvent des ordres d’écrou témoignant du fonctionnement et du système disciplinaire en vigueur dans la Garde nationale parisienne. Les ordres de mise sous écrou sont séparables en deux parties : la première est remplie par l’officier réclamant la sanction[126]et signée du chef d’escadron chargé de la discipline et la seconde par le gardien chef lequel écrit le n° d’écrou, le nom du garde et la durée de la détention. Un cahier intitulé «peines disciplinaires » liste les numéros de compagnies et de bataillons, la date d’entrée, le nom du condamné, le grade, l’officier prononçant la peine, la peine, les motifs, l’exécution et les observations. On y trouve également des bons de ravitaillement, des factures alimentaires, des comptes rendus de patrouilles et un livre d’ordres du 7e secteur[127].

Présentation du registre d’écrou (D3R4 5) : Le registre a été ouvert le 15 avril 1870 et arrêté le 18 mai 1871[128] ; il comporte 454 noms de détenus. Les renseignements sont l’état civil et l’adresse du garde, la date du jugement par le conseil de discipline, la durée de détention, et rarement le motif.

L’intérêt pour l’historien est multiple. Tout d’abord, la découverte de l’organisation judiciaire en vigueur en période de guerre. Les différents lieux de détention dans Paris répondent aux différentes catégories de prévenus et de délits :

-          La maison d’arrêt de la Garde nationale : comme lieu de détention des officiers quelques soit son secteur d’appartenance ;

-          La Conciergerie : comme maison d’arrêt préventive ;

-          Et, les maisons d’arrêt de secteur, comme maisons d’arrêt disciplinaire[129].

L’analyse des délits et des peines laisse apparaître une majorité de petits délits (le plus fréquent étant l’ivresse, l’insulte[130], l’absence et le refus de service) et sanctions mineures (12 heures à moins d’une semaine de détention). Rares sont les cassations de grade peine appliquée pour insubordination ou disparition. Le registre s’interrompt le 6 janvier 1871[131] et ne peut pour ce motif éclairer le chercheur sur les interpellations de fédérés (à l’exception peut-être de quelques rapports isolés dans la liasse. 

Les papiers du chef d’escadrons de Granval contiennent également de nombreuses notes rappelant les missions de la Garde nationale et l’interdiction faite de délibérer sous les armes, thème récurent pendant le premier siège de Paris.

Conclusions

Les archives de la Garde nationale conservées aux Archives de Paris sont situées à la convergence de l’histoire sociale, militaire et politique. Malheureusement, leur connaissance est imparfaite et peu d’historiens ont consulté cette source. Personnellement, j’estime qu’au regard du volume et de la potentialité de ce fonds, il serait possible d’écrire, à plusieurs mains, une histoire objective du siège de Paris et de la Commune. L’historiographie de ces événements repose majoritairement sur les sources imprimées, souvent politiquement orientées, et bien peu sur les archives. Une histoire populaire est envisageable : une histoire de la Commune de Paris par le bas. Les découvertes sont parfois surprenantes, mais les documents confirment l’orientation de la recherche entamée par Jacques ROUGERIE dans les années 1970. Ce sont d’obscurs gardes nationaux, tels Georges ARNOLD ou Emile DUVAL  qui ont écrit cette histoire loin des signes ostentatoires de Louise MICHEL ou de Jules VALLES. L’histoire de ces obscurs, révolutionnaires ou non, mais aussi celle des gardes nationaux ralliés à Versailles, reste à écrire. 300 000 destins individuels sommeillent aux Archives de Paris et attendent de revivre sous la plume des chercheurs et des historiens.

133 ans après, ces archives attestent encore de la violence de cette période, des horreurs de la guerre franco-allemande, puis civile. Cette dernière a fait 20 à 30 000 victimes dans les rues de la capitale. Etrangère à l’historiographie marxiste, les archives de la Garde nationale de la Seine pourraient contribuer à la compréhension de cette période de conflit politique qui opposa deux visions de la République. Conflit au cœur duquel se trouvait la Garde nationale de Paris, symbole d’une représentation de la citoyenneté héritée de 1789 et 1793, celle du citoyen disposant du port de l’arme et du bulletin de vote. La fin de la Garde nationale de Paris clôt définitivement l’ère des révolutions. Cette histoire reste aussi à écrire.

4. Annexes

Annexe 1

Liste des gardes nationaux domiciliés rue des Cinq Diamants (XIIIe).

Nom

Alias

Prénom

N° de voie

Bis

Voie

Profession

N° de compagnie

Cie de guerre

Autre compagnie

bataillon

Alliaume

Alfred

49

Non

rue des Cinq Diamants

peintre

2

Non

134

Alyanne

Alfred

40

Non

rue des Cinq Diamants

journalier

2

Non

134

Alyanne

40

Non

rue des Cinq Diamants

journalier

2

Non

134

Ancelot

François

42

Non

rue des Cinq Diamants

cordonnier

4

Non


[1] Environ 2/3 des répertoires des services d’archives français. Ceux-ci ont été examinés lors de l’enquête sur les archives du mouvement communaliste et de la Commune de Paris (1864-1880).

[2] Le palliatif archivistique est la rédaction de guides de recherche, pratique en vigueur depuis les années 1950 aux Archives Nationales. La plupart de ces guides sont thématiques ou par fonds. Christine NOUGARET, Bruno GALLAND, Les instruments de recherche dans les archives, Documentation française, 1999. Ces instruments ont, pour certains d’entre eux, une utilité reconnue pour l’historiographie française et la mémoire collective. Les travaux sur la Seconde Guerre mondiale, l’Occupation et la spoliation des biens juifs en témoignent. En l’espèce, il n’existe aucun instrument de recherche national sur la Garde nationale. Le guide de recherche des archives du mouvement communaliste et de la Commune de Paris (1864-1880), intègrera de nombreuses données sur la Garde nationale, mais celles-ci seront limitées à la période 1864-1871, et ne concernera que peu d’unités en raison de la dissolution massive de bataillons en 1852.

[3] L’historique est un extrait (remanié) de l’article de Rémy VALAT, Pierre-Henri ZAIDMAN, Aux origines de la Commune : des comités de bataillons à la Fédération républicaine de la Garde nationale ; et d’une conférence sur ce thème organisée à la mairie du IXe arrondissement par Bernard Vassor et Nadia Prete en 2003 dans le cadre de la célébration de cet évènement, en liaison avec « Les Amis de la Commune de Paris»

.

[4] La majuscule est ôtée lorsqu’il s’agit des bataillons de la Garde nationale : dans les textes officiels révolutionnaires et différentes publications du XIXe siècle, les auteurs orthographient gardes nationales.

[5] La Garde nationale sédentaire mobilisée est créée le 29 septembre 1870. Son recrutement est élargi à tous les hommes de 21 à 40 ans, mariés ou veufs sans enfants. Ces hommes font partie de la nouvelle armée républicaine levée en masse contre les alliés allemands.

[6] Michel DUCHEIN, Le respect des fonds en archivistique : principes théoriques et problèmes pratiques, la Gazette des Archives, n°97, 2e trimestre 1977, pp. 71-96.

[7] La pratique de l’organigramme n’était pas courante au XIXe siècle, mais les bottins et autres almanachs officiels suppléent cette carence.

[8] Archives de Paris, répertoire numérique des sous-séries D1R4 1 à 141 et D2R4 1 à 283, H. Lemoine, 1929.

[9] Son siège ne sera pas déplacé pendant les 72 jours de la Commune.

[10] Voir historique du fonds.

[11] Avec la confusion administrative postérieure à l’insurrection, certaines mairies ont fait parvenir une partie des archives d’arrondissement à la préfecture de la Seine.

[12] Une note signalée aux Archives de la Préfecture de Police, et dont il n’a pas été possible de retrouver la trace, fait état d’un bureau au ministère de l’Intérieur, où les inspecteurs de police pouvaient consulter des documents et des listes nominatifs en provenance des services de la Garde nationale de la Seine.

[13] L’introduction de l’instrument de recherche de la sous-série VD6 n’apporte aucune indication à ce sujet. Selon M. Jean-Philippe DUMAS, conservateur aux Archives de Paris, rien ne semble indiquer un  départ de ces archives pour Versailles. Ces propos ont été recoupés par M. Jacques ROUGERIE qui estime lui aussi ce départ comme peu probable au regard du déroulement de la journée du 18 mars 1871 (voir chapitre « historique du fonds). 

[14] Car la mairie a été incendiée pendant la Semaine sanglante.

[15] Cette commission a été créée en 1990. Elle était chargée d’élaborer une norme de description archivistique internationale. En 1994, celle-ci a défini la norme ISAD/G. A Ottawa, entre les 15 et 20 novembre 1995, elle mis en forme la norme ISAAR (CPF) pour une validation par le CIA.

[16] Conseil International des Archives, ISAAR (CPF), norme internationale sur les notices d’autorité archivistiques relatives aux collectivités, aux personnes et aux familles, Ottawa, 1996.

[17] Certaines informations, comme l’historique du producteur, sont éclatées : l’historique général de l’institution au chapitre 1er et celui de l’état-major général au chapitre 2. Cette dispersion, impropre à une description archivistique cohérente, répond aux exigences de ce mémoire d’archivistique.

[18] D2R4 240.

[19] Tableau « Composition de l’état-major général », ADP D2R4 195 (ce carton contient pour anecdote d’amusantes caricatures). Almanach impérial de l’année 1870.

[20] Ce qui est un paradoxe à l’automne 1870, car avec 300 000 hommes, la Garde nationale dépasse largement les effectifs d’une division.

[21] Etat-major général : Général de division Autemarre d’Ervillé, commandant supérieur ; Colonel Borel, chef d’état major général ; M. Bomier, secrétaire général. Colonels : Comte de Nieuwerkerke, sénateur, palais du Louvre ; le Prince Charles Napoléon Bonaparte, 142, rue de Grenelle – Saint Germain ; Munster, 12 rue de Tivoli ; Marquis de Castéja, 63, rue d’Anjou. Lieutenants-colonels : Dreuilles, 114, rue de Provence ; Jules David, 35, rue Madame ; Baudouin De Mortemart, 18, avenue des Champs Elysées ; Levrat, 11, rue d’Enghien ; De Planart, 10, rue du Mont Thabor ; Brun, 48, rue de Londres ; Acloque, 15, rue Salneuve. Chefs d’escadrons : Baron de Curnieu (hors cadre) ; Hautefeuille (hors cadre) ; Marquis de l’Angle-de-Beaumanoir ; Comte de l’Angle-de-Beaumanoir, 12, rue de Milan ; Comte Murat, 146, boulevard Haussmann ; Blanche, 38, rue de Trévise ; Baron d’Orgeval, 128 boulevard haussmann ; Vieyra (hors cadre) ; Saint Aure d’Etreillis, 39, rue de la Rochefoucault ; Hermel A., 7, rue d’Anjou-Saint Honoré ; Terra, 102, rue de Rivoli ; Delchet, 18, rue de Miromesnil ; Dollfus, 1, avenue de Marigny ; Baron Nivière, 12 rue du Port Mahon ; Réquédat, 35, rue Godot ; Staub, 24, rue du Luxembourg ; Duffié, 5 avenue de Friedland ;Bartholdi, 40, rue Vavin ; Demay, insp. De la disc., 8 rue Léonie ; Lafitte, 7, rue Mogador ; Ernault, 119 avenue des Champs Elysées ; Brémard, 3 avenue de Matignon ; Vicomte de Richemont, 8 rue Fortin ; Jarry, 38, rue de la Ferme ; Jousselin, 1, rue de Turbigo ; Humbert, 21, rue de la Ferme ; Comte de Luppé, 29 rue Barbet de Jouy ; Pector, 9, rue d’Albe ; Duruy de Graffenried, 17, rue d’Argenteuil ; De Job, 8 bis, rue Martel ; Eggly, 52, boulevard Malesherbes. Capitaines : Rainbeaux (hors cadre) ; De Montaut, 30, rue de Londres ; D’Aiguillon, 32, boulevard Saint Germain ; De Chamborant, 21 rue de Bassano ; Lunel, 59, rue de Clichy ; Ginoux, 4, place du Palais Bourbon ; Comte de Béarn-Brassac ; Marquis de Canisy (hors cadre) ; Le Blanc de la Caudrie, 22, rue de la Pépinière ; E. Delchet, 29, rue Cambacérès ; De La Salle, 3, rue Saint Vincent de Paul ; Vicomte d’Hautpoul, 86, rue de Lille ; Dupérier, 133, boulevard haussmann ; Casimir Delamarre, 12, rue Rougemont ; De Champreux d’Altenbourg, 5, rue Vézelay ; De Villiers, 6, place de la Madeleine ; Henri Cramail, 176, boulevard Haussmann ; Pinart, 26, rue de Varennes ; Corbin, 3, rue Tronchet ; Esnault-Pelterie, 180, boulevard Haussmann ; Comte Dodun de Kéroman, 9, rue des Ecuries d’Artois ; Delagrave, 3, place Saint Michel ; Carlet, 4, rue Fléchier ; Berjat, 37, rue Godot ; Lepeu, 42, boulevard du Prince Eugène ; A. Persin, 16, rue Bertin-Poirée ; Denis, 3, place Bréda.

[22] Blondel, intendant militaire, 42, rue du Luxembourg ; Guastalla, sous intendant militaire, 49, rue de la Chaussée d’Antin ; Regnault, sous intendant militaire, 7, rue Neuve des Capucines ; Comte de Chaumont Quitry, sous intendant militaire, 6, rue Joubert.

[23] Deguise, inspecteur général, 39, rue de la Victoire ; Filhos, chirurgien principal, 219, rue Saint Honoré ;Huguier, chirurgien principal, 52, boulevard Malesherbes ; Conneau, chirurgien principal, 192, rue de Rivoli ; Philipeaux, chirurgien major, 20, rue Linné ; Tenain, chirurgien major, 40, rue Blanche ; Molin, chirurgien major, 36, rue Godot ; Moynier, chirurgien major, 66, rue Caumartin.

[24] Colonel Borel, président ; Colonel marquis de Castéja, vice président ; Petit Bergonz, chef d’escadron, rapporteur, 346, rue Saint Honoré ; Meunier, capitaine-rapporteur, 44, rue Saint Anne ; Mollet, capitaine secrétaire, 46, rue de la Victoire ; Maza, capitaine secrétaire adjoint, 51, rue Sainte Anne.

[25] Article 25 de la loi du 13 juin 1851.

[26] Article 26 de la loi du 13 juin 1851.

[27] Idem.

[28] Article 2 du décret du 27 septembre 1870.

[29] Faugeret, chef d’escadron directeur du magasin central d’armement, 12, rue d’Anjou Saint Honoré ; De Baudreuil, capitaine directeur adjoint, chef d’escadron directeur du magasin central d’habillement, 22, rue de l’Odéon.

[30] Ce qui sera d’ailleurs le cas pendant la Commune.

[31] Bomier, secrétaire général du secrétariat et services, 22, place Vendôme ; Dreuilles, chef de la discipline, 48 rue Saint Nicolas ; Losserand, chef de la comptabilité, 5,  rue de l’Asile Popincourt.

[32] D2R4 240.

[33] Les dépenses obligatoires et facultatives de la Garde nationale sont : Les frais d’achats de drapeaux, tambours et trompettes ; les réparations, l’entretien et le prix des armes ; le loyer, l’entretien, le chauffage, l’éclairage et le mobilier des corps de garde ; les frais de registres, papiers, contrôles, billets de garde et tous les menus frais qu’exige le service de la Garde nationale ; la solde et l’habillement des tambours et trompettes. Toutes les autres dépenses sont facultatives. Article 63 de la loi du 13 juin 1851.

[34] Celui-ci restera en place sous les différents régimes de l’Empire à la Commune. D3R4 5.

[35] Décret du 27 septembre 1870, article 1er. D2R4 236. Un conseil de guerre par arrondissement. D2R4 238. Les lieutenants-colonels et colonels tirés au sort président de droit les conseils de guerre (décret du 29 décembre 1870).

[36] D2R4 181.

[37] Registre des tours de service, D2R4 195.

[38] Règlement de service pour MM les officiers de l’état-major général, article 3 (extrait) : « …le capitaine de garde ne doit quitter son poste sous aucun prétexte. Il est particulièrement chargé de l’enregistrement des dépêches, de veiller à ce que les reçus soient rentrés en temps utile ; il devra réunir tous les reçus des dépêches de la veille, et les remettre avant son départ au chef d’état-major sous bande cachetée, avec indication du jour du mois. IL aura à recevoir les dépêches, en donner des reçus, et à les faire remettre sur le champ, soit au commandant supérieur, soit au chef d’état-major ; il réunira, le soir, à 10 heures, les dépêches arrivées dans la soirée et les remettra à l’officier supérieur qui les fera porter chez le chef d’état-major. L’officier de garde devra également, chaque jour, passer l’inspection des tambours, et s’assurer que leur tenue est régulière, et veiller à ce qu’ils ne s’éloignent pas ; il devra aussi visiter leur poste pour s’assurer qu’il est propre est bien tenu. Le service ordinaire se prendra à 9 heures du matin et durera 24 heures pour les deux capitaines. L’officier supérieur est autorisé à se retirer à 10 heures, à moins d’ordres contraires. …Des rondes seront faites dans les 24 heures, soit de jour, soit de nuit, par l’officier supérieur et par l’officier de piquet ; elles seront toujours ordonnées par le chef d’état-major général qui en déterminera l’heure et le parcours.   

[39] Règlement du corps de Messieurs les officiers de l’état-major général (28 avril 1870), article 4 (extrait) : « En cas de trouble, d’alerte ou de prise d’armes générale, les officiers de tous grades, à l’exception de ceux détachés auprès des colonels des légions, devront se rendre immédiatement à l’état-major pour y être convoqués ; ils y arriveront en uniforme et à cheval, et se présenteront aussitôt devant le chef d’état-major général qui leur donnera ses ordres». ADP D2R4 195.

[40] Article 17 et 18 du règlement op. cit. D2R4 195.

[41] ADP D2R4 195.

[42] A savoir : un colonel, président ; un lieutenant-colonel ; 3 chefs d’escadrons, 3 capitaines, un membre de l’intendance et un membre du service de santé.

[43] Les officiers commandant les subdivisions en 1870 :

1ère subdivision : Valette, major, 44, avenue de Neuilly ; Blanquet de Chayla, capitaine-payeur, 25, rue Montaigne ; Forestier jeune, chef de musique, 37, rue de la Paix (Batignolles).

2ème subdivision : Vermeil, major, 7 rue Sainte Croix de la Bretonnerie ; Bouley, capitaine payeur, 16, rue de la Ferme ; Thibault, chef de musique, 77, rue ND de Nazareth.

3ème subdivision : Baldini, major, 129 rue Lafayette ; Lapierre, capitaine payeur, 8, rue Montesquieu ; Colin, chef de musique, 5, rue de Grenelle saint Germain.

4ème subdivision : Roth, major, 10 rue Belzunce ; Gautier, capitaine payeur ; Leroy, chef de musique.

5ème subdivision : Baudoin, major, 3 rue de Parme ; Valois, capitaine payeur, 11 rue Garancière ; Jancourt, chef de musique, 91, rue de la Tour, Passy.

6ème subdivision : Dubost, major, 54 boulevard Saint Michel ; Varin, capitaine payeur, 20 rue des Bourdonnais

7ème subdivision (extra-muros) : Corbon, major ; Paÿn, capitaine payeur, 84, rue d’Amsterdam.

Canton de Saint Denis : Colin de Saint-Menge, capitaine rapporteur près le jury de révision, 14, rue Mogador, Paris ; Gournot, lieutenant secrétaire, 5, rue du Mont Thabor.

Canton de Pantin : Martin du Gard, capitaine rapporteur près le jury de révision, 65, rue Sainte Anne (Paris) ; Pothier de la Berthellière, lieutenant secrétaire, 10, rue Saint Ferdinand, Ternes.

8ème subdivision (extra-muros) : Damazy, major, 25 rue de Villiers (Neuilly) ; Pontramier, capitaine payeur, 56, rue de Lille.

Canton de Neuilly : Peltier, capitaine rapporteur près le jury de révision, Batignolles-Paris ; Peltier, lieutenant secrétaire.

Canton de Courbevoie : Gauthier, capitaine rapporteur près le jury de révision, Nanterre ; Boyer, lieutenant secrétaire, 45 rue de Grenelle-Saint Honoré.

9ème subdivision (extra-muros) : Tongas, major, 6 rue des Ecoles (Paris) ; Aveline, capitaine payeur, 105, Grand Rue, Vaugirard.

Canton de Sceaux : Balest, capitaine rapporteur près le jury de révision, Sceaux ; Berly, lieutenant secrétaire, Sceaux

Canton de Villejuif : Batrel, capitaine rapporteur près le jury de révision, Villejuif ; Gervais, lieutenant secrétaire, Choisy.

10ème subdivision (extra-muros) : Fondreton, major, 84 boulevard Beaumarchais ; Fondreton Ed., capitaine payeur, 37, quai de la Gare, Ivry.

Canton de Vincennes : Daumesnil, capitaine rapporteur près le jury de révision, Fontenay ; Brierre de Boismont, lieutenant secrétaire, Saint Mandé.

Canton de Charenton : Rousseau, capitaine rapporteur près le jury de révision, Saint Maur ; Carpin, lieutenant secrétaire, Charenton.

[44] Quiclet, colonel, 27 avenue d’Antin ; Carcénac, lieutenant colonel, 20, rue des Capucines ; Roger, major, 21 rue de Fleurus ; Dollfus-Mathieu, chef d’escadrons, 88, rue Neuve des Mathurins ; Dardel, chef d’escadrons, 87, rue Lafayette.

[45] Comme semble l’indiquer le contenu de la correspondance et les papiers à en-tête (sans localisation). D2R4 172.

[46] La Garde nationale comprenait alors 5 subdivisions à Paris et autant en banlieue, plus une légion de cavalerie à 4 escadrons. 1ère subdivision : bataillons 1 à 4 ; 2e subdivision : bataillons 5 à 8 ; 3e subdivision : bataillons  9 à 14 ; 4e subdivision : bataillons 15 à 18 ; 5e subdivision : bataillons 19 à 22. Les bataillons de banlieue se répartissaient ainsi : 23e, 25e , 26e bataillons : Saint Denis (le 24e ne sera jamais constitué, il a été remplacé par le 52e (Bercy) ; 27e bataillon : Charonne ; 28e bataillon : Pantin ; 29e bataillon : La Villette ; 30e bataillon : Belleville ; 31e bataillon : Le Bourget ; 32e bataillon : Ménilmontant ; 33e bataillon : Batignolles ; 34e bataillon : Clichy ; 35e bataillon : Neuilly ; 36e bataillon : Courbevoie ;  37e bataillon : Puteaux ; 38e bataillon : Auteuil-Passy ; 39e bataillon : Boulogne ; 40e bataillon : Arcueil ; 41e bataillon : Clamart-Vanves ; 42e bataillon : Ivry ; 43e bataillon : Bourg-la-Reine ; 44e bataillon : Choisy-Fresnes ; 45e bataillon : Grenelle ; 46e bataillon : Montrouge ; 47e bataillon : Vaugirard ; 48e bataillon : Montreuil ; 49e bataillon : Vincennes ; 50e bataillon : Saint-Maur ; 51e bataillon : Charenton ; 52e bataillon : Bercy.

[47] Les subdivisions nouvelles créées en 1860 sont les suivantes : 1ère subdivision : bataillons : 1 à 4 et 38 ; 2èe subdivision : bataillons 5 à 9 et 33 ; 3e subdivision : bataillons 10 à 12, 29 et 32 ; 4e subdivision : bataillons 15 à 18, 45 et 47 ; 5e subdivision : 19 à 21, 42 et 46 ; 6e subdivision : 13, 14, 22, 27, 30 et 52 ;7e subdivision (banlieue) : bataillons 23, 25, 26, 28 et 31 ; 8e subdivision (banlieue) : bataillons 34 à 37 et 39 ; 9e subdivision (banlieue) : bataillons 40, 41, 43 et 44 ; 10e subdivision (banlieue) : bataillons 48 à 51.

[48] Un article du Peuple français du 7 avril 1870 rappelle les secteurs de Paris n’ayant pas de formations :

- Sur la rive droite : les quartiers de La Chapelle, Saint Denis, les « immenses et populeux » quartiers compris entre le chemin de fer de l’Est, les boulevards de Strasbourg, de Sébastopol, la Seine et l’ancien mur de l’octroi. A ceci s’ajoute, quelques îlots d’habitation situés à la gauche du boulevard Sébastopol.

- Et sur la rive gauche : les quartiers du Jardin des Plantes et de la Glacière. Soit, comme le souligne le rédacteur, l’ancien 12ème arrondissement, circonscription ayant élu Armand Barbès à sa tête en 1848.

[49] Article 1er du règlement sur les devoirs des majors et adjudants-majors. Pièce datée de 1854.

[50] Article 2 du règlement sur les devoirs des majors et adjudants-majors. Pièce datée de 1854.

[51] Chaque secteur est dirigé par un officier supérieur de l’armée de terre ou de la Marine auquel est adjoint un état-major. Les secteurs coupent la ville en tranche égales du centre vers la périphérie et se répartissent comme suit (indication du numéro et de la localisation du secteur, de son chef, de son siège et des bataillons subordonnés) : 1er secteur, Bercy, général Faron, quartier général , 25, rue Michel Bizot, 14e, 48e, 49e, 50e, 51e, 52e, 53e, 56e, 73e, 93e, 94e, 95e, 96e, 99e, 121e, 122e, 126e, 150e, 162e, 182e, 183e, 198e, 199e, 200e, 210e, 212e, 254e. 2e secteur, Belleville, général Caillier, 79, rue Haxo (lieu de l’exécution des otages le 27 mai 1871), 27e, 30e, 31e, 54e, 55e, 57e, 58e, 63e, 65e, 66e, 67e, 68e, 74e, 76e, 80e, 86e, 87e, 88e, 89e, 123e, 130e, 135e, 138e, 140e, 141e, 144e, 145e, 159e, 172e, 173e, 174e, 180e, 190e, 192e, 194e, 195e, 201e, 204e, 205e, 206e, 208e, 209e, 211e, 213e, 214e, 218e, 219e, 232e, 233e, 234e, 236e, 237e, 239e, 240e, 241e. 3e secteur, la Villette, amiral Bosse, marché au bestiaux, rue d’Allemagne, 9e, 10e, 23e, 24e, 25e, 26e, 28e, 29e, 62e, 107e, 108e, 109e, 110e, 114e, 128e, 137e, 143e, 147e, 153e, 157e, 164e, 167e, 170e, 175e, 179e, 186e, 188e, 191e, 197e, 203e, 224e, 230e, 231e, 238e, 242e, 246e. 4e secteur, Montmartre, amiral Cosnier, 105, avenue de Saint Ouen, 6e, 7e, 11e, 32e, 34e, 36e, 61e, 64e, 77e, 78e, 79e, 116e, 117e, 124e, 125e, 129e, 142e, 152e, 154e, 158e, 166e, 168e, 169e, 189e, 215e, 216e, 220e, 225e, 228e, 229e, 235e, 245e, 247e, 252e,253e, 256e, 258e. 5e secteur, les Ternes, amiral du Quilio, 74, avenue Mac Mahon, 2e, 3e, 8e, 33e, 35e, 37e, 70e, 90e, 91e, 92e, 100e, 111e, 112e, 113e, 132e, 148e, 149e, 155e, 171e, 181e, 196e, 207e, 222e, 223e, 227e, 244e, 257e, 259e, 260e, Rueil, Argenteuil, Versailles, Le Pecq (bataillons de gardes nationaux réfugiés de la banlieue).  6e secteur, Passy, amiral Fleuriot de Langle, château de la Muette, 1er, 4e, 5e, 12e, 13e, 38e, 39e, 69e, 71e, 72e, 221e, 226e, Sêvres, Saint Cloud. 7e secteur, Vaugirard, amiral de Montagnac, gare de ceinture de Vaugirard, 15e, 17e, 41e, 45e, 47e, 81e, 82e, 105e, 106e, 127e, 131e, 156e, 165e, 178e, 187e. 8e secteur, Montparnasse, amiral Méquet, 93, avenue d’Orléans, 16e, 18e, 19e, 20e, 40e, 43e, 46e ,83e, 84e, 85e, 103e, 104e, 115e, 136e, 146e, 193e, 202e, 217e, 243e, 249e. 9e secteur, les Gobelins, amiral de Challié, 75, avenue d’Italie, 21e, 22e, 42e, 44e, 59e, 60e, 97e, 98e, 101e, 102e, 118e, 119e, 120e, 133e, 134e, 151e, 160e, 161e, 163e, 176e, 177e, 184e, 185e, 248e, 251e.

[52] Pendant le siège, certains bataillons périphériques à un arrondissement recrutent fréquemment dans un ou plusieurs arrondissements de proximité.

[53] Tableau des bataillons de la Garde nationale de la Seine par arrondissement (septembre 1870-janvier 1871)

Arrondissements

N° de bataillons

1er

1, 5, 12, 13, 14, 70, 112, 113, 171, 196

2e

8, 10, 11, 92, 100, 148, 149, 181, 227

3e

35, 54, 86, 87, 88, 89, 144, 145, 205, 239

4e

22, 53, 94, 95, 150, 162, 182, 183, 212, 254

5e

21, 59, 60, 118, 119, 151, 160, 161, 163, 248

6e

18, 19, 83, 84, 85, 115, 193, 249

7e

15, 16, 17, 20, 105, 106, 187

8e

2, 3, 4, 69, 71, 97, 221, 260

9e

6, 7, 116, 117, 216, 228, 229, 247, 252, 253

10e

9, 24, 107, 108, 109, 110, 128, 137, 143, 153, 167, 170, 175, 186, 188, 203, 238, 246

11e

57, 58, 65, 66, 67, 123, 130, 138, 139, 140, 141, 180, 190, 192, 194, 195, 206, 209, 211, 213, 214, 219, 232, 236, 237

12e

52, 56, 73, 93, 121, 122, 126, 198, 199, 200

13e

42, 101, 102, 120, 133, 134, 176, 177, 184, 185

14e

40, 103, 104, 136, 146, 202, 217, 243

15e

45, 47, 81, 82, 127, 131, 156, 165, 178

16e

38, 72

17e

33, 90, 91, 155, 168, 207, 222, 223, 244, 257, 259

18e

32, 61, 64, 77, 78, 79, 124, 125, 129, 142, 152, 154, 158, 166, 169, 189, 215, 220, 225, 245, 258

19e

29, 114, 147, 157, 164, 179, 191, 197, 224, 230, 231, 242

20e

27, 30, 63, 74, 75, 76, 80, 135, 159, 172, 173, 174, 201, 208, 218, 234, 240

Sceaux

40, 41, 43, 44, 48, 49, 50, 51, 98, 99, 210

Saint-Denis

23, 25, 26, 28, 31, 34, 35, 36, 37, 39, 62, 68, 132, 233, 235

Il existât en outre 53 unités de corps francs.

Les bataillons spéciaux sont : bataillon des Postes (111e) ; ministère des Finances (171e) ; bataillon de l’Octroi (226e) ; bataillon de pompiers (242e) ; bataillon des petites voitures (250e) ; bataillon du chemin de fer d’Orléans (251e) ; bataillon de l’Île-de-France (252e) et bataillon du chemin de fer du Nord (256e).

Les bataillons de Sceaux et Saint-Denis ont été intégrés dans les subdivisions et arrondissements parisiens dès l’investissement complet de la capitale (19 septembre 1870). 

Source APP DA/395.

[54] Le conseil s’occupe de l’administration du bataillon. Il est composé d’officiers, sous-officiers et de gardes.

[55] Le rôle de ces conseils sera présenté dans le chapitre 2.

[56] Le nombre théorique est de 8 compagnies. Pendant le siège, quelques bataillons recruteront un nombre de compagnies supérieur (en raison de la solde et de l’affluence de la population de banlieue).

[57] Le carnet de rotation des bataillons du camp du Champ de Mars (Ly 30), rédigé pendant la Commune, indique que les compagnies sédentaires et de guerre montaient indifféremment au feu. La distinction n’était que théorique.

[58] Rémy VALAT, manuscrit sur la Garde nationale, l’exemple du IXe arrondissement.

[59] Selon M. Jacques ROUGERIE, la plupart des archives sont restées dans les administrations parisiennes, car l’ordre de départ donné par Adolphe Thiers l’aurait été aux environs de 2 à 3 heures de l’après-midi, ce qui laisse peu de temps pour évacuer l’intégralité des archives. Néanmoins, le fait que le siège de l’état-major soit situé dans le IIe arrondissement, que l’occupation des mairies par les fédérés a été lente et progressive, et que les négociations entre les maires d’arrondissement et les membres du Comité central aient focalisé l’attention du pouvoir siégeant à l’hôtel de ville, une évacuation discrète des fonds de l’état-major avant le 26 mars n’est pas à exclure.   Entretien avec M. Jacques ROUGERIE.

[60] La compagnie du 90e bataillon. DR4.

[61] Emanations politiques de la Garde nationale.

[62] Le général Appert écrit dans son rapport à l’Assemblée nationale (1875), page 207 : ..On chercha parmi les pièces à charge et à décharge les documents de toute nature pouvant concerner les détenus portés sur ces listes (liste de prisonniers) et l’on constitua des dossiers individuels auxquels furent joint des ordres d’informer. ces dossiers sont actuellement conservés dans la sous-série 8J du Service Historique de l’Armée de Terre à Vincennes. Le général Appert reconnaît la difficulté rencontrée par ses services pour identifier la culpabilité des personnes arrêtées par hasard, cette insuffisance contraignit la justice militaire à multiplier les demandes de renseignements et de vérification des pièces à décharge produites (lettres de recommandations ou certificats de moralité). En revanche, l’auteur souligne que « le dépouillement des pièces à charge avait (…) permis … de constituer un certain nombre de dossiers qui établissaient nettement la culpabilité ». Idem, page 210.

[63] Voir ci-contre le document B/A 365/2.

[64] Il n’existe aucun registre des versements entre 1871 et 1891.

[65] Descriptif du versement donné dans le registre d’entrée n°1 Archives de la Seine, registre des versements et des suppressions de pièces (21 janvier 1891-24 décembre 1912 » : « »N° 1014, 4 mars 1907, Documents relatifs aux Gardes nationales du département de la Seine provenant du ministère de l’Intérieur (Direction des affaires départementales et communales) ; 166 cartons et 19 casiers contenant les fiches des officiers. [Annotation]Et en outre des registres. Registre aimablement communiqué par Monsieur Jean-Baptiste Dumas, Conservateur aux Archives de Paris.

[66] Extrait du rapport annuel de l’archiviste (Archives de la Seine) – (1926-1928) : « Comme il serait intéressant de faire connaître en tant que série moderne, celle des affaires militaires du département qui comprend le fonds peu connu de la Garde nationale, j’ai demandé à M. Lemoine de la  répertorier. Sans englober la période de la Guerre de 1914, elle ne compte pas moins de 1 728 registres ou cartons. … M. Lemoine s’est occupé aussi de la série parallèle des Affaires militaires dans le cadre communal (série H), parce qu’on y rencontre des documents départementaux, classés là par erreur.

[67] Estimation. Ces statistiques pourraient être recoupées avec le métrage linéaire calculé par le prologiciel TOTH.

[68] Aucune mention de cette destruction pour l’année 1925 dans le registre Archives de la Seine, registre des versements et des suppressions de pièces (26 décembre 1912-19 décembre 1941).

[69] La circulaire n’a pu être retrouvée. La collection des circulaires est conservée dans le local dit des « archives vivantes » des Archives de Paris, mais celui-ci n’est pas actuellement accessible. A la bibliothèque administrative de la Ville de Paris, aucune mention de cette circulaire n’apparaît ni dans le Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur, ni dans le Bulletin municipal officiel ni dans le Journal officiel de l’année 1923. Par ailleurs, pour ce qui concerne les destructions de documents, P.F. FOURNIER, dans son ouvrage intitulé Conseils pratiques pour le classement et l’inventaire des archives et l’édition des documents historiques écrits, Paris, 1924, souligne, page 23, l’existence d’un règlement applicable aux archives départementales et relatif aux consignes de destruction des archives (avec l’aval de la Direction des Archives). Il est possible, comme me l’a signalé le documentaliste de la bibliothèque administrative, que cette circulaire n’a jamais été imprimée ni insérée dans une publication officielle.

[70] Archives du département de la Seine et de la Ville de Paris. Etat par séries des documents antérieurs au mois de juin 1871, par M. Barroux et H. Lemoine, Paris, imprimerie Des fossés, 1925, in4°.

[71] Aucun versement n’est susceptible de le compléter, à l’exception de l’acquisition de pièces isolées qui pourraient entrer par voies extraordinaires.

[72] Par exemple, la présence des papiers du commandant De Granval (D2R4 181).

[73] Article op. Cit.

[74] Les pièces constitutives de ce fonds ont été dispersées : certaines ont été retrouvées dans le carton D2R4 240.

[75] Le registre est manquant.

[76] Correspondance de l’atelier de la commission d’armement sise au Grand Louvre

[77] Dont 130 registres de l’ancien  Vbis recotés en VD6.

[78] Jacques ROUGERIE, Le Procès des Communards, collection archives Julliard, 1964.  pp22-23.

[79] Grille d’enquête pour le guide sur les sources d’archives du mouvement communaliste (1864-1880), réponse des archives municipales de Vincennes.

[80] L’article 3 du décret du 6-20 octobre 1851 impose que chaque compagnie soit composée  autant que possible des gardes nationaux de la même rue, ou, si la rue a une trop grande étendue, des citoyens occupant un ou plusieurs groupes de maisons contiguës.  Ce principe est conservé par le décret de 1852.

[81] Prenons à titre d’exemple la 6ème compagnie du 42ème bataillon, ancien bataillon de la commune annexée d’Ivry, d’après la feuille de solde la plus complète de la série, dressée le 25 novembre 1870[81]. Sur un effectif de 97 hommes, 58 résident avenue d’Italie et 13 la rue Vendrezanne. Les 26 autres gardes se répartissent dans 11 rues différentes d’une proximité relative mais non contiguë. La majorité de ces gardes sont des marchands, notamment de vin, dont l’activité se concentre sur l’artère commerciale de l’avenue d’Italie. La particularité de ces compagnies est de recruter globalement les personnes exerçant un commerce et jouissant d’un certain seuil de revenus. Les gardes éloignés du centre de gravité géographique de la compagnie (avenue d’Italie/rue Vendrezanne) ont la particularité d’appartenir aux mêmes catégories socio-professionnelles que les autres membres du bataillon, sans correspondre pour autant au profil social du quartier de résidence. Le garde Pierre Lenos, habitant 1, rue de la Butte-aux-Cailles est propriétaire. Son domicile est situé dans un des quartiers plus pauvres de Paris. Il est le seul garde de ce bataillon à résider à la Butte-aux-Cailles

[82] Démontrable à l’aide de bases de données relationnelles.

[83] N’importe quelle version de la gamme EXCEL.

[84] Idem pour la gamme ACCESS.

[85] Dale L CLIFFORD a relevé l’existence de compagnies dont les cadres étaient les propriétaires d’un immeuble et les gardes les locataires.

[86] Il suffit de regarder attentivement les bordereaux de solde. Les numéros d’enregistrement correspondent au défilé de la file d’attente des gardes se présentant pour l’engagement ou l’encaissement de la solde.

[87] Décret de constitution des compagnies de guerre au sein des bataillons sédentaires de la Garde nationale de Paris. Voir la proposition d’étude de quartiers et de bataillons qui sera proposée dans notre prochain chapitre.

[88] Louis BRETONNIERE et Roger PERENNES, L’internement des prévenus de la Commune à Rochefort. Classification pages 408 à 411 ; Jean-Claude FREIERMUTH, un arrondissement de la rive gauche pendant le siège et la Commune : le XIIIe arrondissement ; Guy SOUDJAN, La population parisienne à la fin du Second Empire, d'après les archives du recrutement militaire.

[89] Les professions ont été regroupées dans les principales catégories. Le détail est donné dans la base de données en annexe.

[90] - 1er arrondissement. Saint Germain. Halles : A-Gunsburger. D1M2 151 ;

-          1er arrondissement. Halles : Gurnot-Z. Palais Royal Place Vendôme. D1M2 152 ;

-          2e arrondisement. Mail. Bonne-Nouvelle. D1M2 153 ;

-          3e arrondissement. Archives Arts et Métiers. D1M2 154 ;

-          3e arrondissement. Sainte Avoye. Enfants Rouges. D1M2 155 ;

-          6e arrondissement. Monnaie Odéon. D1M2 156 ;

-          6e arrondissement. Saint Germain des Prés Notre Dame des Champs D1M2 157 ;

-          7e arrondissement. St Thomas d’Aquin Invalides D1M2 158 ;

-          7e arrondissement. Invalides Ecole Militaire Gros Caillou. D1M2 159 ;

-          9e arrondissement. Chaussée d’Antin Rochechouart D1M2 160 ;

-          9e arrondissement. Saint Georges Faubourg Montmartre D1M2 161 ;

-          14e arrondissement. Montparnasse Montrouge Petit Montrouge D1M2 162 ;

14e arrondissement Santé Plaisance D1M2 164.

[91] Base de données jointe en annexe.

[92] Voir Paris le peuple (XVIII-Xxe siècles), sous la direction de Jean-Louis ROBERT et Danielle TARTAKOWSKY, publications de la Sorbonne, 1999.

[93] Mais aussi beaucoup de petits employés.

[94] Expression de la période du premier siège et de la Commune.

[95] Parmi lesquels on retrouve de nombreux blanquistes et internationalistes.

[96] Par exemple, un garde inscrit comme cordonnier a une adresse non indiquée au Bottin est probablement un employé d’un artisan cordonnier propriétaire. Au contraire, un cordonnier inscrit au Bottin peut être un artisan d’une entreprise individuelle.

[97] Introduction au répertoire numérique de la sous-série D1P4, Archives de Paris

[98] Jeanne GAILLARD, Paris, la ville (1852-1870), L’Harmattan, Paris, 1997.

[99] Florence BOURILLON, Etude de la sociabilité dans un milieu pré et post haussmannien : le quartier des Arts-et-Métiers à Paris entre 1850 et 1880, thèse de doctorat, Paris X, Nanterre, 1985.

[100] Les références citées avec les indications ci-dessous sont la reprise partielle des sources citées en annexe du doctorat de Florence BOURILLON.

[101] Par exemple : D2U6/10 : André, Edmond BIZOT ; usurpation de fonctions, membre du comité du XVIIIe arrondissement sous la Commune, condamné le 29 septembre 1871.

[102] Pour l’ensemble des prisons parisiennes, se reporter à l’instrument de recherche suivant : Prisons de Paris et de l’ancien département de la Seine (1800-1940), répertoire des fonds conservés aux Archives de Paris, Paris, 1996.

[103] Une source singulière de l’état civil est ce que l’on appelle les « actes d’état civil bâtonnés », c'est-à-dire les actes dressés entre le 18 mars et le 25 mai 1871, invalidés par le gouvernement et dressés une seconde fois par jugement express, selon les dispositions de la loi du 19 juillet 1871. Lire pour cela, l’article de l’archiviste Brigitte LAINE, La Semaine sanglante. Morts enregistrés dans le XXe arrondissement, Paris et Île de France, Mémoires, tome 52, Paris, 2001.

[104] Décret du 12 septembre 1870. Article unique : Les gardes nationaux réunis à Paris pendant le siège, pour concourir à la défense de la Ville, et qui n’ont d’autres ressources que leur travail, recevront, quand ils en feront la demande, une indemnité de 1,50 franc par jour.

[105] Article 1er du décret du 24 septembre 1870.

[106] Décret du 14 octobre 1870.

[107] Ce qui explique l’absence de signature du conseil de famille au bas de certains bordereaux de solde.

[108] Titre V des dispositions nouvelles de l’organisation de la Garde nationale.

[109] Article 5 du décret du 19 octobre 1870.

[110] Article 1er du titre V des dispositions nouvelles sur l’organisation de la Garde nationale.

[111] Une liste du 27 août 1870 adressée au 1er bureau de la division de l’administration générale et départementale du ministère de l’Intérieur donne un état nominatif des gardes nationaux proposés pour les grades et emplois d’officiers.

[112] Par exemple : sous-lieutenant E Vidallière, de la compagnie de carabiniers du 15e bataillon, le 29 août 1870 : « Je jure fidélité à l’Empereur et obéissance à la Constitution ».

[113] Où l’on constate que les capitaines adjudant-major sont nommés par le gouvernement et non élus ;

[114] Récapitulées dans des tableaux tenus par le ministère de la guerre (sous-dossier notes du ministère de la Guerre).

[115] Le capitaine Auberge, Peu intelligent, caractère maussade, servant sans goût ». Sa demande a été rayée !!! Idem pour un officier souffrant d’obésité. Le critère décisif pour la radiation est fréquemment l’âge.

[116] 1er septembre 1868, capitaine Schwartz, « …conduite privée bonne…. Principes politiques bons…

[117] Pour les bataillons anciens.

[118] Il existe également un carton les états de service des officiers en D3R4 258.

[119] 

Secteur

Commissaire de la république (ayant tous le grade de commandant)

Capitaine rapporteur

Capitaine rapporteur adjoint

Greffier

1er

Marraud

Barry

Masse

Dorlet

2e

Clausel de Caussergue

Philbert

Mouillefarine

Poisson

3e

Delacourtie

Sorel

Devin

Moncharville

4e

Massu

Delepouve

Chéramy

Lortat-Jacob

5e

Frémard

Armand

Pochet

Harlé

6e

Renault

Lenté

Dumas

Lecointe

7e

Demonjay

Beaupré

Bethemont

Lesage

8e

Albert Martin

Ernest Chaudé

Brugnon

Delepouve

9e

Salle

Tambour

Saint-Omer

Mignot

Source : DA/395. Tableau des bataillon par secteur (novembre 1870).

[120] Décret du 27 septembre 1870 (extraits) : Article 1er : Pendant la durée du siège, les crimes et délits commis par les gardes nationaux sont jugés par des conseils de guerre dits de la Garde nationale. Ces tribunaux appliquent les peines édictées par le Code de justice militaire aux crimes et délits commis en dehors du service.

[121] « Article 8 : Les plaintes en conseil de guerre sont adressées par les chefs de bataillons aux commandants de secteur, qui saisissent, s’il y a lieu, les conseils de guerre. Le Gouverneur de Paris, le commandant supérieur des Gardes nationales sédentaires et les commandants de secteur, peuvent déférer directement un crime ou délit en conseil de guerre. Article 9 : Outre les peines prononcées par les conseils de guerre, des peines disciplinaires peuvent être infligées par les supérieurs à leurs inférieurs, suivant les différents degrés de la hiérarchie militaire. Ces peines sont : La révocation de l’officier ou la cassation du sous-officier, le désarmement et la radiation du garde national. La prison pour les officiers, sous-officiers et gardes. Les arrêts pour les officiers. Le Gouverneur de Paris peut seul prononcer la révocation d’un officier, sur l’avis du commandant supérieur. Le commandant supérieur prononce la cassation d’un sous-officier, sur la proposition du commandant de secteur. Le chef de bataillon prononce le désarmement et la radiation d’un garde. Le commandant supérieur prononce au maximum la peine de 15 jours de prison pour les officiers, d’un mois pour les sous-officiers ou gardes. Le commandant de secteur prononce, dans les mêmes conditions, la peine de 15 jours et 8 jours de prison. Le chef de bataillon inflige 4 jours de prison ; les capitaines 2 jours, mais aux sous-officiers ou gardes seulement. Les arrêts sont infligés aux officiers de tout grade par leur supérieur jusqu’au maximum de 8 jours. Les arrêts forcés avec remise du sabre et factionnaire à la porte du domicile sont infligés jusqu’au maximum de 8 jours par le commandant supérieur, les commandants de secteur et les chefs de bataillon. »

[122] Parmi les pièces à conviction figurent de nombreux ordres signés Duval, commandant en chef du XIIIe arrondissement », et ceci dès le 6 mars 1871.

[123] Dossier 8e secteur.

[124] Les documents datant de l’automne 1870 sont rares.

[125] Le commandant est détaché comme chef d’escadron chargé de la discipline par l’état-major général de la Garde nationale auprès l’amiral de Montagnac, chef du 7ème secteur.

[126] Lorsque la sanction est levée avant la détention  - ce qui est fréquemment le cas - l’autre moitié n’est pas remplie. Le motif justifiant cette levée est signé par l’officier ayant réclamé la mise sous écrou.

[127] Ce dernier contient également les avis et ordres en provenance de l’état-major général. Ces livres permettent d’entrevoir la montée en puissance des mouvements d’opposition (révocations d’officiers). Une collection de livres d’ordres de même nature est conservée dans la série F9 des Archives nationales.

[128] Il convient de noter une interruption du registre du 14 mars au 14 avril 1871.

[129] 1er secteur, 13, rue Nicolaï ; 2e secteur, 45, rue Pelport et 26, rue des Francs-Bourgeois ; 3e secteur, 2, rue de cambrai ; 4e secteur, 16, rue des Epinettes ; 5e secteur, 46, rue Pergolèse ; 6e secteur, 23, rue Mozart ; 7e secteur, collège des Jésuites, grande rue de Vaugirard ; 8e secteur, caserne de l’octroi bastion 79 ; 9e secteur, 38, avenue d’Italie.   

[130] Certains rapports, par leur précision, ne sont pas dénués d’humour : le rapporteur reprenant les propos injurieux du garde condamné.

[131] Il a été ouvert le 12 octobre 1870.

Les papiers du chef d’escadrons de Granval contiennent également de nombreuses notes rappelant les missions de la Garde nationale et l’interdiction faite de délibérer sous les armes, thème récurent pendant le premier siège de Paris.

Conclusions

Les archives de la Garde nationale conservées aux Archives de Paris sont situées à la convergence de l’histoire sociale, militaire et politique. Malheureusement, leur connaissance est imparfaite et peu d’historiens ont consulté cette source. Personnellement, j’estime qu’au regard du volume et de la potentialité de ce fonds, il serait possible d’écrire, à plusieurs mains, une histoire objective du siège de Paris et de la Commune. L’historiographie de ces événements repose majoritairement sur les sources imprimées, souvent politiquement orientées, et bien peu sur les archives. Une histoire populaire est envisageable : une histoire de la Commune de Paris par le bas. Les découvertes sont parfois surprenantes, mais les documents confirment l’orientation de la recherche entamée par Jacques ROUGERIE dans les années 1970. Ce sont d’obscurs gardes nationaux, tels Georges ARNOLD ou Emile DUVAL  qui ont écrit cette histoire loin des signes ostentatoires de Louise MICHEL ou de Jules VALLES. L’histoire de ces obscurs, révolutionnaires ou non, mais aussi celle des gardes nationaux ralliés à Versailles, reste à écrire. 300 000 destins individuels sommeillent aux Archives de Paris et attendent de revivre sous la plume des chercheurs et des historiens.

133 ans après, ces archives attestent encore de la violence de cette période, des horreurs de la guerre franco-allemande, puis civile. Cette dernière a fait 20 à 30 000 victimes dans les rues de la capitale. Etrangère à l’historiographie marxiste, les archives de la Garde nationale de la Seine pourraient contribuer à la compréhension de cette période de conflit politique qui opposa deux visions de la République. Conflit au cœur duquel se trouvait la Garde nationale de Paris, symbole d’une représentation de la citoyenneté héritée de 1789 et 1793, celle du citoyen disposant du port de l’arme et du bulletin de vote. La fin de la Garde nationale de Paris clôt définitivement l’ère des révolutions. Cette histoire reste aussi à écrire.


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26 septembre 2005

Annonce de la parution : FELIX PYAT

J’ai le plaisir de vous annoncer que le Tome 1 de la BIOGRAPHIE DE FELIX PYAT (1810-1889), intitulé L’AMORCE REVOLUTIONNAIRE (1810-1864) est désormais disponible au format A4 (21/29,7) : 365 pages (texte, notes, témoignages, bibliographie) et 35 pages insérées (table, illustrations, documents divers).

Cette publication hors-commerce, dans l’attente de celle du Tome 2 : UN DELUGE DE FEU (1865-1889), prévue dans le courant de l’année 2007, est diffusée par mes soins à quelques rares exemplaires : un comme dépôt légal auprès de la BNF, d’autres proposés à certains spécialistes (universitaires et érudits), personnes amies et intéressées.

Etant donné les conditions difficiles de notre travail, nous pensons ainsi sauvegarder notre point de vue biographique originel sur Félix Pyat et le caractère inédit de nos recherches. Mais cela ne signifie absolument pas que nous renonçons à démarcher en direction de maisons susceptibles d’assurer une édition complète. Bien au contraire.

Merci d’avance pour votre soutien et votre confiance envers mes travaux,

                                                                        Bien amicalement et cordialement, Guy Sabatier.

BON DE COMMANDE : 

Je désire….. exemplaire(s) du Tome 1 de la BIOGRAPHIE DE FELIX PYAT.

Nom/Prénom :…………………………………………………………………………………….

Adresse postale : ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

Prix = 28 euros (frais postaux = 5,42 euros), d’où prix d’envoi = 33,42 euros.

Chèque : à l’ordre de Guy Sabatier (7 rue de la Mare, Bât.D, 75020 Paris).

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